| LES EVENEMENTS DU 11 SEPTEMBRE 2001
Nous
proposons un texte court mais essentiel d’Annick de Souzenelle,
une femme de spiritualité, bien connue pour ses livres sur
« La symbolique du corps humain ».
En ce
jour du 14 septembre, les chrétiens s’unissent autour de
la fête (l’Exaltation de la Croix). Ils se souviennent ce
jour-là de la prophétie d’Israël :
« Je détruirai la sagesse des sages et
l’intelligence des intelligents » (29,14).
En ce
même jour, cette année 2001, tous les peuples
s’unissent dans une minute de silence, qui ne peut se poursuivre
pour chacun que par une grave méditation.
La
mienne m’amène à me souvenir que toutes les
traditions construites sur leurs Livres sacrés savent
l’humanité lancée dans une irréversible
dynamique d’accomplissement. Elles savent que cette dynamique
implique d’incontournables mutations.
L’Homme
est un mutant – cela fait l’objet même de la vie
– ces mutations obéissent à des lois ontologiques
qui, ignorées, sont transgressées ;
transgressées, elles se retournent contre l’Homme et font
la tragédie du monde.
Mutations
– morts et résurrections – exigent de
« faire le sacré » à
l’intérieur de nous, dans une qualité d’amour
absolue.
Lorsque
ce travail intérieur n’est pas réalisé, il
se compense à l’extérieur par de tragiques
« sacrifices ».
Sans le
savoir, n’ayant pas changé de niveau d’être
intérieur, nous perpétuons les sacrifices humains de
l’antiquité.
L’auteur
du drame que nous venons de vivre aux USA est, bien sûr, à
un premier degré, celui que recherchent les policiers du monde
– elles ont raison – et son geste ne relève
d’aucune justification.
Mais à un niveau plus profond, n’assumant que nos
mutations intérieures, nous sommes les auteurs de sacrifices qui
se font alors inexorablement à l’extérieur.
Je
remets ici sévèrement en question le principe de
laïcité tel qu’il est conçu par nos
dirigeants. Pourquoi voyons-nous ceux-ci se réunir qui à
l’église, qui à la synagogue ou à la
mosquée, lorsque l’émotion déborde leur
intellect, alors que cet intellect nie la dimension transcendante de
l’Homme.
Que la laïcité se sépare du
« religieux » est une chose, qu’elle nie ce
qui relie l’Homme au plus grandes profondeurs de lui-même
en est une autre.
Lorsque l’immense potentiel d’énergies qui tissent
ses profondeurs n’est pas réalisé dans les
mutations susdites, elles se diabolisant et se retournent en
violence : violence des maladies personnelles et sociales,
violence des guerres, des attentats, violence dans les rues et les
écoles, violence maximale dans les évènements de
New York, toutes obéissent à la loi selon laquelle ce qui
n’est pas traduit en amour, pardon, partage, intelligence neuve,
en un mot Vie, relève de la mort.
Les
catégories de bien et mal érigées en absolu sont
aujourd’hui largement dépassées.
« Le bien triomphera », a dit le président
Bush.
Mais
quel bien ?
Le bien
pour l’un n’est pas celui de l’autre qui a
commencé ces mutations intérieures, et qu’une
nouvelle intelligence des choses éclaire.
Le
choix, et de toute urgence, est aujourd’hui radical, ou bien
mourir avec la meilleure « bonne conscience »
mais criminelle, une logique de mort, ou bien entrer dans une dynamique
de vie qui exige un total changement de registre.
|