Résumé
:
A Lille, en France, du 2 au 10 décembre 2001 s'est tenue la
première Assemblée mondiale de Citoyens.
Réunissant quatre cents participants représentant de
façon équitable les différentes régions du
monde et les différents milieux socioprofessionnels, elle a
préfiguré un Parlement de la planète. Ce n'est pas
un événement isolé mais le point d'aboutissement
de multiples chantiers de travail internationaux, par thème, par
région ou par milieu socioprofessionnel organisés dans le
cadre de l'Alliance pour un monde responsable, pluriel et solidaire.
Ces chantiers ont abouti à la rédaction de soixante
cahiers de propositions présentés pour la première
fois à Lille. L'Assemblée mondiale a identifié les
priorités communes de changement à partir des
préoccupations des différents milieux socioprofessionnels
et des différentes régions du monde et esquissé le
sommaire d'une stratégie de changement pour le 21ème
siècle. Elle a également discuté et amendé
la Charte des responsabilités humaines, complément
indispensable à la Déclaration Universelle des Droits de
l'Homme et à la Charte des Nations Unies. Elle a permis, en
s'appuyant notamment sur élaborés dans le cadre de
l'Alliance, d'esquisser le sommaire. Elle a démontré le
désir de dialogue existant au sein d'une société
mondiale en formation et elle appelle des prolongements dans
différentes régions du monde et dans différents
milieux.
1)
Préparer de façon démocratique les mutations
inéluctables
De la maîtrise des développements scientifiques
à l'organisation des relations commerciales et
financières, du terrorisme au changement climatique, de la
pauvreté au Sida : des gens de plus en plus nombreux,
probablement la majorité de la population mondiale, ont pris
conscience que les interdépendances entre les
sociétés et avec la biosphère ne pourront
être gérées par l'expansion sans fin des
marchés et que les modèles actuels de
développement sont dans une impasse.
Le 21ème siècle sera un siècle de
grandes mutations de nos systèmes de pensée et de nos
régulations économiques, politiques et sociales.
Le monde n'est pas une marchandise. Une autre mondialisation
que celle des marchés est nécessaire et possible. Des
mutations sont urgentes mais la question reste entière de savoir
comment construire de manière démocratique des
alternatives. C'est à ce défi que s'est attachée
l'Alliance pour un monde responsable, pluriel et solidaire, dynamique
internationale de citoyens de différents pays.
2) Refléter toute la
diversité de la société mondiale
L'enjeu majeur est de permettre à la
société mondiale de s'exprimer dans sa triple
diversité : diversité des régions du monde,
diversité des milieux sociaux et professionnels et
diversité des défis. C'est autour de chacune de ses
diversités que s'est organisé le travail de l'Alliance
pour construire des réseaux d'échange et de
réflexion et pour élaborer des perspectives d'avenir.
Les années 2000 et 2001 ont été pour l'Alliance
une période d'intense activité, d'élargissement
des réseaux, de mise en forme des propositions. Le point d'orgue
en fut l'Assemblée Mondiale de Citoyens qui s'est tenue à
Lille du 2 au 10 décembre 2001.
3)
Préfigurer un parlement de la planète
Cette Assemblée mondiale, par ses participants et ses
méthodes, a préfiguré un Parlement de la
Planète où seraient représentés tous ceux
qui, dans les différents milieux socioprofessionnels et dans les
différentes régions du monde, se préoccupent de la
construction pacifique de l'avenir. Elle a rassemblé 400
participants qui reflétaient à eux tous la
diversité de la société mondiale. Ainsi, l'Asie,
en particulier la Chine et l'Inde, ont représenté de loin
les plus grands contingents de participants, et toutes les
régions du monde ont été
représentées de façon équitable. Ainsi,
vingt cinq milieux socioprofessionnels différents,
pêcheurs et paysans, syndicalistes et chefs d'entreprises,
scientifiques et universitaires, femmes et jeunes, élus locaux
et fonctionnaires internationaux, militaires et juristes se trouvaient
représentés.
L'Assemblée Mondiale a montré qu'il
était possible techniquement et humainement de trouver dans
chaque région du monde et dans chaque milieu des
personnalités représentatives de leur
société, désireuses de dialogue et conscientes de
leurs propres responsabilités. Chaque participant est venu
porteur d'une réflexion, d'une expérience et de
perspectives.
4) Construire
l'ordre du jour de l'Assemblée à partir des
préoccupations des participants
L'Assemblée Mondiale n'était pas une
conférence internationale classique avec des thèmes
fixés au départ et des orateurs. Au contraire, il fallait
que le dialogue entre les participants fasse émerger librement,
au confluent des préoccupations de chacun, les priorités
mondiales de changement. C'est pourquoi, chaque participant s'est
engagé à participer de façon continue aux huit
jours de l'Assemblée qui s'est déroulée en trois
étapes : la première par milieu social ou professionnel,
la seconde par thème et la troisième par région
5)
Révéler les préoccupations des différents
milieux et découvrir les priorités communes
Dans la première étape, les participants se
sont réunis en 20 ateliers " collégiaux " regroupant des
personnes des différents continents appartenant à un
même milieu social et professionnel. Il s'agissait dans cette
première étape de dire quelles étaient, vues par
chaque milieu, les priorités de changement pour les prochaines
décennies. La confrontation des conclusions de ces ateliers a
apporté trois leçons essentielles.
Première leçon, le dialogue est possible et
fécond entre des personnes qui appartiennent au même
milieu mais vivent dans des contextes totalement différents les
uns des autres. Ils parviennent à énoncer ensemble des
priorités communes.
Deuxième leçon, quand on compare les
priorités des différents milieux on constate beaucoup de
points communs : au-delà des oppositions traditionnelles il y a
bien une société mondiale qui se cherche et qui a des
préoccupations assez comparables vis-à-vis de l'avenir.
Dix-sept défis communs ont pu être ainsi
identifiés.
Troisième leçon. Les défis et les
mutations les plus souvent cités concernent d'un
côté l'éthique et les systèmes de
pensée et de l'autre la gouvernance et les systèmes de
régulation. L'humanité a évolué rapidement
au cours des cinquante dernières années, sous l'influence
de transformations scientifiques, techniques et économiques
extrêmement rapides. Les modes de pensée et les
régulations n'ont pas suivi au même rythme. L'urgence
commune est de combler le retard.
6) Elaborer
ensemble une Charte des responsabilités humaines
Chaque milieu socioprofessionnel a également
débattu de la nécessité et de la nature d'un
troisième pilier éthique pour la communauté
internationale, à côté de la Charte des Nations
Unies et de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme,
toutes deux élaborées au lendemain de la guerre mondiale,
qui sont actuellement les seules références
éthiques et politiques admises par la majorité des
nations de la terre. Les travaux de l'Assemblée ont
montré une remarquable convergence de vues sur la
nécessité d'un troisième pilier qui mettrait,
cette fois, l'accent sur les Responsabilités humaines et qui
servirait, au cours du 21ème siècle, de
référence à l'élaboration d'un droit
international et de guide de conduite pour chaque milieu social et
professionnel et pour chaque peuple.
Le dialogue au sein de chaque milieu puis entre les milieux a
débouché sur un projet de Charte, présenté
à Lille lors de la cérémonie de clôture.
Face à l'impact de plus en plus massif de l'humanité sur
le reste de la biosphère et face à
l'interdépendance irréversible entre les
sociétés humaines, la question de la
responsabilité, aussi bien individuelle que collective, se pose
aujourd'hui de manière nouvelle. Il y a responsabilité
parce qu'il y a choix et parce qu'il y a nécessité de
traiter simultanément des questions trop souvent
séparées : le développement immatériel et
le développement matériel, la paix et la justice, le
développement des connaissances individuelles et l'esprit de
coopération, la revendication de sa propre dignité et le
respect de la dignité de l'autre, le développement
économique et le respect des équilibres
écologiques.
7) Esquisser une
stratégie pour les défis communs
Dans la seconde étape de l'Assemblée, les
participants ont travaillé en atelier sur les dix-sept
défis communs identifiés à l'issue de
l'étape précédente. Pour chacun d'eux, un atelier
de vingt personnes, regroupant cette fois des personnes de
différents milieux, a élaboré le sommaire d'une
stratégie.
Cette réflexion a été nourrie de la
réflexion internationale conduite par l'Alliance depuis 1994,
qui a abouti à la rédaction de soixante cahiers de
propositions couvrant les différents secteurs de
l'activité humaine. La convergence entre ces cahiers de
propositions et les éléments de stratégie
identifiés au cours de l'Assemblée Mondiale de Citoyens
est remarquable. Les propositions issues des travaux de l'Alliance et
celles qui se sont dégagées de l'Assemblée peuvent
être regroupées en sept chapitres qui constituent le
sommaire d'une stratégie de changement pour le 21ème
siècle :
· Chap. 1 Promouvoir une éthique de la
responsabilité, de la paix, de la tolérance et du
pluralisme ; traduire cette éthique en actes dans chaque milieu
· Chap. 2 Changer notre regard sur la
planète et promouvoir une éducation pour tous
préparant les personnes et les sociétés à
relever les défis du 21ème siècle;
développer au service de l'ensemble de la société
des outils de compréhension du monde dans toute sa richesse et
sa complexité
· Chap. 3 Concevoir une nouvelle approche
de l'économie au service de l'ensemble de la
société et de la préservation de la
biosphère
· Chap. 4 Mettre en place à tous les
niveaux, du local au global, une gouvernance légitime,
démocratique et efficace
· Chap. 5 Appuyer la structuration
internationale de différents milieux socioprofessionnels et
acteurs sociaux conscients de leurs responsabilités ; construire
sur un clair partage des rôles les partenariats entre acteurs et
avec les pouvoirs publics
· Chap. 6 Rééquilibrer les
mécanismes de la gouvernance au profit des groupes sociaux ou
des pays les plus faibles pour leur permettre de participer au monde,
de bénéficier de droits réels et d'être en
mesure de les faire valoir et d'être des citoyens à part
entière
· Chap. 7 Face aux nouveaux défis de
l'humanité, notamment ceux qui concernent la protection et la
gestion de la biosphère, créer de nouvelles
régulations publiques et s'opposer à une domination des
rapports marchands.
Pour chaque chapitre, plusieurs centaines de propositions
concrètes ont été présentées et
débattues, soit dans les cahiers de propositions, soit au cours
de l'Assemblée.
8) Amorcer une
réflexion sur la mise en œuvre de ces stratégies
dans chaque région du monde
La troisième étape de l'Assemblée a
été conduite également en ateliers mais cette fois
par région du monde. Là aussi, nous avons pu
vérifier le désir et la possibilité d'un
authentique dialogue et constater au fil des heures la naissance de
réseaux et de perspectives de travail et d'actions communes,
depuis la construction d'un réseau international d'écoles
de la paix jusqu'à un nouveau dialogue entre
sociétés africaines ou entre peuples de langue persane
divisés par l'histoire et les frontières. Ces contacts
innombrables seront un des points de départ des suites de
l'Assemblée.
9) Consolider
les liens entre approche locale et approche globale ; enraciner la
démarche dans la société du Nord Pas de Calais
Il n'y a pas d'un côté une réalité
mondiale et de l'autre une réalité locale. Au contraire,
chaque situation locale est profondément transformée par
ce qui se passe à l'échelle du monde entier et, en sens
inverse, le mondial n'est rien d'autre que la combinaison
d'évènements enracinés chacun dans un territoire
et une culture. C'est pourquoi l'Assemblée de Citoyens du Monde
a été préparée par une mobilisation de la
société régionale du Nord Pas de Calais.
Treize collèges régionaux, des chômeurs
aux chefs d'entreprises, des habitants des quartiers populaires aux
paysans, du groupe interreligieux aux universitaires se sont
constitués pour élaborer en vue de l'Assemblée
Mondiale leurs propres réflexions et perspectives. Un
représentant de chacun de ces milieux a participé
à l'Assemblée, y a apporté la vision de la
société régionale et l'a confrontée
à celle qui émane des autres régions du monde. Le
dialogue, d'abord entre les différents milieux de la
société régionale puis entre la Région et
le reste du monde, s'est avéré à la fois possible
et fécond. Chaque milieu, à l'issue de cette
confrontation est en train d'élaborer son propre cahier de
propositions. L'ensemble sera réuni prochainement dans une
publication.
A l'issue de l'Assemblée, cette réflexion va
être nourrie de la stratégie esquissée au niveau
mondial pour construire une vision d'avenir. L'appui du Conseil
Régional du Nord Pas de Calais à la tenue de
l'Assemblée a montré le lien entre la promotion d'une
citoyenneté active à l'échelle locale et la
mondialisation de la citoyenneté. Ce lien est appelé
à se renforcer dans l'avenir.
10) Inventer
ensemble les suites de l'Assemblée
L'Assemblée s'était donné des objectifs
extrêmement ambitieux : refléter la diversité
mondiale, inventer les méthodes nécessaires pour
construire le dialogue et la réflexion collective,
élaborer le sommaire d'une stratégie de changement pour
le 21ème siècle, proposer un projet de Charte des
Responsabilités Humaines. Ces différents objectifs ont
été atteints.
Ils appellent des suites : la mise en débat de la
Charte des responsabilités humaines et sa traduction en code de
conduite pour différents milieux ; l'organisation
d'Assemblées nationales et régionales de Citoyens ; la
traduction des éléments de stratégie en plan
d'action à long terme ; le renforcement des réseaux
locaux et mondiaux.
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