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POUR UNE CULTURE MONDIALE DE LA PAIX
La
revue Cultures et Développement a
cherché à connaître la pensée et
l’action de l’Université Holistique de Brasilia
(Brésil) qui déploie un programme intense
d’éducation du grand public au niveau mondial. Elle
œuvre à un changement de culture. Cet effort est
appuyé par l’Unesco et fait partie des initiatives prises
dans le cadre de la Décennie Mondiale pour une Culture de Paix,
dont on lira par ailleurs le très beau « Manifeste
2000 ».
Nous
nous référons ici à plusieurs textes
diffusés par l’Université Holistique et le
Mouvement International « Unipaz », qui en est
issu.
Dans
« L’Art de vivre en paix vers une nouvelle conscience
de la paix », Pierre Weil, président de
l’Université Holistique de Brasilia, analyse ce
qu’il considère la source première de tous les maux
dont souffre l’humanité, à savoir « le
fantasme de séparativité ». Il estime que
l’homme a besoin de se re-connecter au tout dont il fait partie.
C’est une vision « holistique » (de holos ;
en grec : tout).
Pierre Weil recommande le rapprochement des
sciences et des Traditions spirituelles. Cette convergence mène
à une conception de la réalité ultime comme
« un espace primordial infini et atemporel. »
D’autres appelleront cela la Transcendance, Dieu, Allah, la
Vacuité… S’inspirant de la physique actuelle,
Pierre Weil souligne que, de cet espace émane
l’énergie de tous les systèmes connus.
« Tous les systèmes connus de l’Univers sont
des systèmes énergétiques,
‘composés’ de la même
énergie. » S’en estimer séparé
est catastrophique.
LE PECHE
« ORIGINEL » : LA SEPARATIVITE
Le
problème fondamental, « originel »
pourrait-on dire (en paraphrasant la notion biblique de
péché originel) est que, par sa pensée,
l’homme se sépare du Tout, de l’Univers. Il
crée un fantasme de séparativité. Cette notion de
« séparativité » est ressentie,
sous divers noms, par les grandes Traditions spirituelles. La mystique
hindoue et le yoga visent à restaurer l’unité
au-delà du dualisme trompeur introduit par le mental (tat vam
asi). Le soufisme musulman, les sagesses diverses des peuples
premiers (chamanisme, etc.) témoignent aussi de cette nostalgie,
inscrite dans le cœur de l’homme, pour une vie de relation,
d’union, de non-dualité avec la transcendance. La
Tradition judéo-chrétienne est tout aussi explicite et va
dans ce même sens. Elle use du mythe d’Adam an-historique
(et donc toujours actuel) et de son « péché
originel ». L’homme s’imagine coupé de
« l’espace primordial infini et atemporel »
et la Bible dit : il est « en exil de
Dieu ». Il n’est plus assez relié. Il
« rate la cible » (amartia, en grec), ce
qui est la traduction littérale (et infiniment
intéressante) du mot péché. Ce terme
péché est, en occident, devenu si lourd et culpabilisant
(à cause d’un enseignement religieux moralisateur et
tronqué) qu’il devient inacceptable à beaucoup de
gens. Cependant, un regard nouveau en fait apparaître toute la
puissance : pécher, pourrait-on dire, c’est manquer
de force vitale ! Pécher, c’est succomber au fantasme
de la séparativité.
Dans
les Traditions juives, musulmanes et chrétiennes, l’homme
s’est donc écarté de Dieu. C’est ce que nous
rapporte , par exemple, le livre de la Genèse quant à
Adam et son geste de défi, voulant
« connaître » sans Dieu et se faire
égal à Lui (donc entrer en compétition, alors
qu’il est appelé à l’union à Dieu,
à des épousailles). Ensuite l’homme se coupe de la
nature, la réduisant à un objet à capter
(symbolisée par la « pomme »). Il se coupe
aussi des autres, instaurant la compétition extrême,
pouvant conduire au meurtre (Caïn tue Abel par jalousie).
L’économie actuellement dominante repose sur ce
paradigme : concurrence, compétitivité, etc. Mais le
fantasme de séparativité ne s’arrête pas
là. En l’homme lui-même s’instaure aussi une
séparation néfaste. Le mental (intelligence,
volonté) se sépare des émotions (refoulement) et
du corps. Le corps se réduit à un objet qu’on
« possède » et qui doit servir.
Réduction lamentable. L’homme
« n’a » pas un corps : il
« est » un corps et le respect de la vie commence
par la prise de conscience de ce mystère. Les Bouddhistes
parlent du miracle d’être vivant et éveillé,
les Chrétiens du corps comme temple de l’Esprit Saint.
Ainsi, séparé de la Source de
tout amour, de toute énergie, de toute vie, de la nature, de ses
propres émotions et de son corps (les 5 sens), l’homme se
sent petit, misérable, isolé, menacé. Il souffre
de perte d’estime de soi, il a peur – dirait Nelson Mandela
– de la Lumière en lui. Pour compenser cette perte de
confiance en soi, l’homme va chercher ce qui peut le conforter,
lui donner l’idée qu’il est quand même valable
et vivant. Il va chercher l’admiration des autres, la
renommée, le pouvoir, le prestige, l’argent, les plaisirs
à acheter et consommer. Pour se sentir vivant il recherche les
stimuli extérieurs, l’excitation (action, travail, argent,
drogue, vitesse). Il s’attache alors à toutes ces
« béquilles, ces « erzats » de
bonheur. Il tente de s’approprier ce qui lui plaît, se
projetant ainsi dans les objets, les actions, dans
l’extériorité. S’il s’attache à
telle chose qui lui plaît, il rejette tout aussi
passionnément ce qui lui déplaît : il se fait
des ennemis, il prend en horreur tel ou tel objet,
événement, aliment… Il est dans le jeu infernal de
l’attraction-aversion, bien décrit par les Traditions
orientales, à commencer par le yoga. Il pense qu’il
n’y a que l’extérieur qui peut le combler, et
« faire son bonheur ». Etant ainsi
attaché, il vit dans la crainte de perdre. La peur
s’installe en lui, d’où la colère, la
violence, la dépression.
RESTAURER
LA CONNEXION PERDUE
Parce qu’il se sent fragmenté,
l’homme engendre des émotions destructrices sur le plan de
la vie. Pour guérir, l’homme aura à se reconnecter.
Les psychothérapies peuvent aider à reconnaître son
corps, ses émotions, à les respecter. Le chemin spirituel
peut conduire à reconnaître la transcendance,
l’au-delà au fond de soi et dans le cosmos.
L’Université holistique propose des moyens pour restaurer
autant que possible la connexion perdue.
L’Université holistique de
Brasilia tente donc, on le voit, de relier les acquis les plus neufs de
la science et des acquis les plus anciens des diverses Traditions
spirituelles de l’humanité. Son but est d’offrir une
nouvelle façon de vivre, à travers un paradigme (une
façon de voir) nouveau.
En Europe s’est mis en place un
mouvement appelé UNIPAZ qui propose au grand public une
démarche progressive d’éveil. Au cours de sessions
« holistiques », il propose la re-connexion
à soi, aux autres, à la nature, etc. On pourra se
renseigner auprès de Paul-Henri Content, 36 Trou Renard, 4870
Trooz, Belgique (tél. 087/46 21 80). UNIPAX n’est
relié à aucune religion organisée. Il n’en
est pas moins proche de la spiritualité approchée comme
dimension profonde du réel. En ce sens, il offre des formations
qui rejoignent sur de nombreux points, les intuitions de base du
Réseau Cultures.
Un vieil ami du Réseau, ancien
secrétaire général, Marc Luyckx, vient de publier
aux éditions l’Harmattan un livre important qui est proche
de cette vision. Il s’intitule : « Au-delà
de la modernité du patriarcat et du capitalisme. La
société ré-enchantée ».
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