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Si la spiritualité est au centre des
préoccupations de ce Projet, l’action sociale et politique
pour une société meilleure l’est tout autant. Aux
antipodes d’une spiritualité conçue comme luxe
nombriliste ou comme retrait du monde, les participants affirment le
lien intime entre le chemin spirituel personnel et l’action
sociale. Une participante allemande l’affirme en ces termes :
« Il s’agit de surmonter tout égoïsme
personnel, social, religieux, national ». Un
Français de religion musulmane parle de la nécessaire
« révolution intérieure » et de
Suisse vient l’accent porté sur le travail sur soi comme
condition d’une action sociale utile : « Surveiller
l’émotivité, les jugements,
l’irritation ». D’autres occidentaux insistent
sur la sobriété de vie, à savoir une
frugalité joyeuse qui confère à l’être
humain légèreté et élégance. Cette
frugalité doit contribuer à rétablir un peu de
justice et d’égalité dans un monde
déchiré par le fossé croissant entre riches et
pauvres.
Gandhi le disait naguère : il existe un lien
mystérieux entre le travail sur soi et le changement social,
entre l’intériorité et
l’extériorité. La plupart des participants au
projet sont d’accord : « La haine, l’envie ou
le désespoir que je laisse en mon cœur est
mystérieusement complice d’un meurtre, d’une
injustice ou d’une catastrophe naturelle qui se passent à
des milliers de kilomètres, même concernant des gens que
je n’ai jamais rencontré ». Le changement
social et politique passe par le changement personnel. La
spiritualité est, en quelque sorte, déjà
politique. La méditation fait partie de la responsabilité
citoyenne (en tous cas de ceux qui s’y sentent appelés).
A l’issue de la Rencontre, une participante
écrit combien elle est remuée par les témoignages,
principalement ceux venus de pays frappés par la dictature. Elle
évoque ce qu’elle appelle la « puissance de la
Haute Tendresse », celle de la résistance
non-violente fermement et sereinement à contre-courant. La
militance devient alors mutance.
Ceci est d’ailleurs un constat et un appel qui ressort
clairement du Projet « Ailes et Racines » :
certains « militants » de demain seront aussi des
« mutants » sur le plan personnel, au niveau de
leurs valeurs et de leur façon de vivre. Il s’agit de se
mettre personnellement en cause, de changer son comportement en lien
avec sa conscience citoyenne et sa conviction qu’il y a urgence
à opposer à la logique dominante une sorte
« d’objection de conscience ». Cette
conclusion concerne le Nord et le Sud. D’Haïti
s’élève en outre une voix qui complète
utilement ce qui précède : « Les
préoccupations des ami(e)s du Nord de l’Europe, tout en
rejoignant les nôtres au Sud, en diffèrent un peu
puisqu’ils (elles) ont à gérer les impasses et
contradictions de leur propre « développement »
qui est, en quelque sorte, le revers de notre
« sous-développement » (principe
des vases communicants). »
Ailes et Racines
Les débats ont conduit certains à tenter une
présentation schématique (et forcément un peu
gauche) de la militance classique et des formes alternatives
d’engagement. René Macaire parlait de
« militants » classiques et de
« mutants ».
| « MILITANTS »
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« MUTANTS »
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1. Approche
sécularisée
Peu ou pas de spiritualité ni beaucoup
d’attention aux relations interpersonnelles;
Attentive au visible, au mesurable, au quantitatif |
1. Approche
spirituelle
Le spirituel et l’interpersonnel y sont
essentiels ; attentive à la dimension invisible,
non-mesurable, qualitative |
2. Le
résultat à tout prix
La fin justifie les moyens ;
Léninisme (capitalisme aussi !) ; la taille, la force,
la croissance, l’efficacité importent |
2.
Cohérence du processus
Les moyens sont conformes aux buts (l’arbre
est dans la semence) ; non-violence active ;
« small » peut être
« beautiful » ; fécondité |
3. Action
spécialisée
Approche fragmentée de la connaissance
(saucissonage) et de l’action ;
« expertise » acquise dans un seul domaine,
à base d’une seule discipline |
3. Action
multifonctionnelle
Approche de la connaissance et de l’action
en reconnaissant la complexité et
l’inter/rétroaction ; approche transdisciplinaire |
4.
Rationalisme et volontarisme
Analyse (à distance) et décision
rationnelles (froides) conduisant à la maîtrise du
réel et la planification ; convictions
pré-établies (idéologies) |
4. Holisme et
synergie
Raison et intuition (logos et mythos) pour
aborder la réalité vivante et l’action ;
l’action sociale comme acte sacré (bien
qu’imparfaite) ; lâcher-prise et proximité (des
gens, des évènements) |
5. Dominer
(« top-down »)
Approche hiérarchique ; valeurs
patriarcales, males (yang) ; mentalité
« d’avant-garde » politique : savoir
(ce qui est bon) pour « les gens à la
base » ; paternalisme (y compris paternalisme de
gauche) ; les gens comme objets d’analyse sociale et
d’action |
5. Participer
(« bottom-up »)
Approche participative ; valeurs autant
féminines que masculines (équilibre yin/yang) ;
Recherche-Action Participative ; modestie intellectuelle ;
abilité à écouter et être patient ; les
gens sont acteurs, sujets de l’analyse sociale et de
l’action |
6. Prise de
pouvoir
Ce qui importe c’est de prendre et
d’exercer le pouvoir (de l’Etat) |
6.
Stimulation de la société civile
Appuyer des groupes humains et la dynamique
associative ; aider les gens à se réaliser et
à acquérir une voix, du pouvoir |
7.
Ethnocentrisme
Pas ou peu d’attention aux cultures
locales ; projets de développement anti-culturels ;
impérialisme culturel ; universalisme abstrait |
7. Prise en
compte de la culture
La dynamique culturelle locale comme point de
départ (donc participation intense) ; culture comme dation
de sens : ni relativisme ni universalisme fallacieux ;
culture comme point de départ du changement
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