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La féminisation de nos cultures

Dans le chaos social, économique et politique qui s' installe dans des mégapoles telles que Kinshasa, ce sont les femmes le dernier rempart de la vie. C' est sur le marché, tenu par les femmes, que demeure vivace le lien social. Tandis que le monde kinois des hommes semble sombrer dans la violence et le désespoir, le monde des « mamans » résiste et vit. « On ne touche pas aux mamans » est un proverbe central de la vie kinoise : la femme est source de vie, de fécondité. Une morale de base, faite de respect élémentaire pour le vivant émerge sous les ruines d' une civilisation occidentalisatrice de façade que tenta d' apporter la colonisation.

L' émergence des énergies « féminines » à l' échelle planétaire fait éclore de nouvelles manières d' être. Il y a lieu de laisser s' épanouir d' autres façons de penser et d' agir. Les valeurs dites « masculines », liées à la conquête, à un sur-moi dominateur, au goût du pouvoir, à l' agressivité, tout cela a conduit à un monde en difficulté et dont tous sont victimes, qu' ils soient femmes ou hommes.

Il est donc important de laisser s' exprimer les composantes dites « féminines » de chacun : voilà l' alternative. La nouvelle culture sera « féminine » avec des valeurs d' intériorité, d' expression sincère de ses sentiments, de communication non-violente, de convivialité, de souci de re-liance, de tendresse. « Les moteurs symboliques féminins sont la mise en relation, le refus de fragmenter, de cloisonner, de s' enferrer dans des pensées dichotomiques et hiérarchiques. Ainsi, par exemple, l' économie et l' écologie sont à penser ensemble, non séparément et encore moins en termes de la supériorité de l' économique sur l' écologique » affirma une militante écologiste européenne. Autres valeurs généralement attribuées au côté féminin de l' être humain : l' accueil, la réconciliation, la paix. On y ajoute souvent l' esprit intuitif, lié à l' hémisphère droit du cerveau : un esprit cordial et holiste qui complète ainsi la raison qui analyse et conceptualise. On parlera, avec Noël Cannat, d' esprit concret qui corrige et complète la pensée abstraite, de démarche inductive proche de la vie qui corrige les excès d' une pensée déductive trop conceptuelle. Il s' agit de l' esprit concret qui observe comment les choses se font plutôt que d' imposer un système pensé à l' avance. Il s' agit encore lorsqu' on évoque les valeurs attribuées à la « féminité » d' une attention privilégiée aux « relations courtes » (de personne à personne) par rapport aux rapports entre groupes, classes et institutions qualifiées de « relations longues » et davantage associées à la « masculinité ».

 Le yin et le yang dans chaque culture

Ce qui précède appelle évidemment de nombreuses nuances. Parler de la féminisation des cultures c' est plaider en faveur d' un « mouvement de libération » qui intéresse l' homme autant que la femme et qui libère toute la société du carcan trop « yang » qui la mutile. « La libération féminine », écrit un participant haïtien, ne devrait pas être dissociée de la nécessité de libérer l' ensemble de la société de toutes ses oppressions. Mais elle peut en être une étape décisive et un levier puissant. Il ne s' agit donc pas d' une opposition hommes-femmes, qui serait stérile. Il y a aussi lieu d' éviter les généralisations hâtives et d' attribuer un rôle prédéterminé à chaque genre. L' expérience d' une féministe marocaine enseigne combien l' usage de stéréotypes peut devenir enfermant : « Je ne veux pas d' une identité féminine définie par la séduction et la fragilité ». Il s' agit plutôt de mettre en valeur en chaque être humain son côté « yin » alors que la culture patriarcale, présente à peu près dans toutes les sociétés, est excessivement « yang ». En ce sens, un féminisme qui ne serait qu' une revanche agressive des femmes sur l' homme pêcherait par masculinité extrême. Loin d' engendrer du neuf, il ne ferait que s' enfermer dans une logique guerrière. De nombreux hommes, époux et pères, souffrent de ce combat en perdant leur rôle légitime et indispensable. Cela ne veut cependant pas dire qu' il ne faille pas œuvrer fermement pour que la femme exerce des droits égaux en société : ce combat-là relève de la simple justice et il doit être mené. Mais l' essentiel ici ne réside pas dans ce féminisme-là. Il s' agit de féminisation de la culture et non d' abord de rapports de force, même si ceux-ci sont importants. (...)

 

   
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