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Une économie sociale pour un développement
local
Le mur de Berlin a été remplacé par un
mur d' argent. Le capitalisme néo-libéral
effréné triomphe partout mais ne menace-t-il pas
l' humanité et la nature par sa compétitivité
insensée et son productivisme ravageur ?
L' idéologie néo-libérale actuelle
réduit tout à de la marchandise, rogne la cohésion
sociale entre les individus et nous entraîne dans un
« économisme » aliénateur et qui
engendre, dans le Nord, exclusion sociale et, dans le Sud,
misère croissante. (Qu' il suffise de se
référer aux travaux du Club de Lisbonne et de Riccardo
Petrella à ce sujet.) Il est important d' y
résister. Malgré la lente démystification
qu' entraîne l' effondrement des
« modèles » asiatiques hier encore brandis
comme exemples universels, l' hégémonie du
système capitaliste néo-libéral
effréné reste lourde. L' invraisemblable proposition
nord-américaine d' acheter aux pays du Sud des
« droits à la pollution » est un exemple
consternant de cette philosophie bornée et dangereuse du
tout-au-marché. Il est nécessaire, disent les
participants à la Rencontre, d' organiser toutes sortes de
formes de résistance et de solidarité, voire même,
pour un participant, une « Internationale » ou un
parti politique international.
L' épanouissement de l' économie
sociale peut constituer une des forces positives qui vient humaniser
l' économie et sauvegarder les liens non-marchands entre
les individus. L' économie sociale est peut-être une
concrétisation dans le domaine économique de la
« féminisation de la culture » dont il a
été question. Elle se fonde non d' abord sur le
capital et la motivation de profit maximal, mais sur les ressources
humaines disponibles et le besoin de solidarité et de
coopération. C' est pourquoi l' économiste
chilien Luis Razeto l' appelle
« l' économie avec facteur C »
pour : convivialité, collaboration, coopération
… Il s' agit de cette faculté
« féminine » de re-lier, de
ré-unir, d' associer. Cette faculté-là se
distingue de la faculté « masculine » de
séparer, entrer en compétition, de combattre et de
vaincre.
Il s' agit d' associer, dans une économie
plurielle, le privé, le public et le social sans que toute
l' activité économique ne soit absorbée dans
le marché (le système actuel) ou dans l' Etat (selon
le modèle soviétique). Cette économie sociale doit
être reconnue comme un « troisième
secteur » à part entière. (...)
L' individu, le pire ennemi du citoyen
« Dans les conditions actuelles de la
démocratie, écrit récemment Joël Roman (dans
« La démocratie des individus »,
Calmann-Lévy, 1998), le citoyen n' a pas de pire adversaire
que l' individu ». Cet écart croissant et
paradoxal entre individu et citoyen est une des causes des crises de
fonctionnement et de légitimité des démocraties en
Occident. La notion de citoyen et les réflexes civiques sont en
crise tant est grande l' atomisation des individus et la
déliquescence des liens sociaux sous l' impact de la
recherche effrénée de profit et de
compétitivité entraînée par la
globalisation. Le recours à la norme pénale comme
garantie d' une possible coexistence, et le rêve
proclamé par certains, d' une démocratie directe de
type médiatique ne sont pas de bonne augure …
L' animateur du mouvement français
« Démocratie et Spiritualité »
écrivit, à l' issue de la Rencontre :
« Quant aux relations entre partis et
société civile, il faudrait admettre que les partis
politiques ne sont plus les principaux porteurs du sens. Celui-ci
provient des « acteurs/sujets », qu' il faut
donc reconnaître. » Il préconise de leur
déléguer le maximum de responsabilités et de
faciliter la diffusion d' une nouvelle culture politique. Les
décideurs auront à traduire cette culture nouvelle en
mesures législatives et réglementaires. Les partis
devraient par ailleurs « accompagner » et non
« embrigader » les hommes politiques.
Si l' engrenage implacable du
néo-libéralisme constitue une menace, le refoulement des
questions de spiritualité en est une autre, plus ancienne. Au
nom du respect de la liberté de chacun, les questions
spirituelles ont été reléguées dans la
sphère privée. N' a-t-on pas ainsi privé le
débat public d' une dimension capitale, à savoir la
question de sens ? Sans nier en aucune manière les apports
utiles voire indispensables de la laïcité, ne faut-il pas,
en Europe, trouver le moyen de réintroduire la
spiritualité (la quête de sens) dans la sphère
publique et surmonter ainsi ce que certains appellent « un
rationalisme castrateur » ?
En définitive, relier l' initiative locale des
acteurs à la quête de sens, voilà l' enjeu de
groupes et mouvements tels que ceux représentés à
la Rencontre (« Démocratie et
Spiritualité », « Holon »,
Projet « Ailes et Racines »,
« Concertation des Ruraux », etc.). Il nous faut
non seulement mettre les initiateurs en réseau mais surtout en
dégager le sens commun de leurs mouvements et le faire partager
peu à peu. C' est le but du présent texte. Ce
renouveau de la démocratie passe par la militance-mutance
évoquée ici même. (...)
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