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Le printemps de l' âme:

mieux que la " grande bouffe et les petits " bof "

  

Revenant des Indes dans nos aéroports aseptisés une impression de morosité m' envahit. Les figures y sont allongées, l' air y est triste, malgré tous les néons et les gadgets accrocheurs des duty-free shops. En Inde, en Afrique ou ailleurs dans les pays de l' hémisphère Sud règne par contre la vie, avec ses odeurs, ses chants, ses douleurs et ses joies.  

Pourtant, ce sont les pays que nous qualifions de " sous-développés ". Je me demande de quel droit...Qui est sur cette terre le plus sous-développé, celui qui se bat, souvent dans la dignité, pour nouer les deux bouts et trouve encore à rire et à inventer mille formes de débrouillardise ? Ou celui qui s' ennuie dans l' abondance matérielle, ne trouvant plus de sens à sa vie ? 

Il serait moins prétentieux et plus sage d' apprendre de ces " pauvres " qui savent encore chanter. Ils portent en eux une puissance de vie magnifique. Je n' idéalise pas. Il y a des grognons partout (surtout parmi les riches...). Je connais les immondes bidonvilles, l' injustice infligée aux paysans sans terre, l' exploitation des ouvrières, le travail des enfants. J' ai vu les hopitaux sans médicaments et les écoles privées de maîtres parce que l' Etat est obligé de nous rembourser ses dettes. Des dictateurs ont gaspillé,... des peuples entiers paient, sans fin, pour une faute qu' ils n' ont pas commise. Mais justement, dans toutes ces difficultés, il y a la joie, la force de résister, l' entraide, la danse, la prière...  

Nous entrons dans le printemps. N' est-ce pas une belle occasion de sortir de l' hiver de notre morosité ? De nous offrir une cure de rajeunissement, et puiser un peu de cette force vitale qui nous séduit dans les pays du Sud ? Toutes les Traditions respectent les cycles et connaissent ces temps privilégiés de revitalisation au contact avec ce qui est au-delà de petit moi renfrogné. L' Islam connait le Ramadan, les Bouddhistes font des retraites de méditation, Africains et Amérindiens ont le sens du retour sur soi, les Chrétiens sont actuellement en période de carême que les Anciens appellaient " le printemps de l' âme ". 

- Au lieu de notre grande bouffe, offrons-nous la légèreté de repas sains et sobres et l' élégance d' un mode de vie plus simple. Et consommons conscients : il y a dans les Magasins du Monde toutes sortes de produits " made in dignity ". Et même dans nos grandes surfaces, on peut acheter du café " Max Havelaar " (Mariana -Solidarity) dont le prix revient vraiment aux petits producteurs. Et enfin, pourquoi pas une expérience de jeûne ? Nous pourrons ainsi être en solidarité avec ceux qui n' ont pas à manger. Et leur consacrer l' argent ainsi économisé (via une ONG). Quant au temps gagné à ne pas cuisiner, pourquoi ne pas l' investir dans une action qui élève le monde (une méditation, un travail bénévole, un geste écologique ou civique...) ? 

- Au lieu de notre petit " bof ", donnons-nous de l' espace pour nous émerveiller. Pourquoi ne pas profiter de ce printemps pour laisser bourgeonner en nous la joie, l' étonnement devant les petites choses de la vie: une vieille dame, un arbre en fleur, un collègue qui sourit, ma capacité d' aimer. 

- Au lieu de notre "métro-boulot-téloche " pourquoi ne pas marquer un temps d' arrêt, de retour en soi, de vide pour mieux percer à travers l' écorce extérieure des êtres, des événements et des choses ? Et y voir avec les yeux du cœur : soi-même, les autres, l' étranger dans ma rue, en ville.... Voir le Sens qui palpite derrière ces apparences...L' important ce n' est pas ce que je vis mais comment je le vis. La trame de l' existence c' est l' amour et je suis libre de me sentir un avec elle. Voir à neuf, avec des yeux d' enfant, dans la gratitude pour tous ces dons. Me rappeler que rien ne m' est du, tout est don...

Un ami indien me disait : ce dont le tiers-monde a le plus besoin, c' est davantage de méditation en Occident. 

Thierry Verhelst

 

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