Le Réseau Cultures organise depuis dix ans des programmes de
recherches-rencontres-diffusion qui cherchent à capitaliser et
à socialiser des expériences de personnes directement
impliquées dans le domaine du thème en question dans
chaque programme. La méthode, affinée au cours du temps,
a fait ses preuves sur le plan du respect de l' autre, de
l' engagement des participant(e)s, de la production collective et
de l' équilibre entre l' effort consenti et les fruits
recueillis.
Les mots-clés de la
méthode sont : cerner, contacter, enregistrer, échanger,
approfondir, conceptualiser, diffuser. Ils marquent les étapes
du processus qui, d' une manière générale,
s' écoule sur une période de 18 mois.
1. Cerner (mois 1)
Dans un premier temps il s' agit de
cerner avec un maximum de précision la thématique du
programme. Nous soumettons une première ébauche à
quelques personnes expertes dans le domaine en question. Suite à
leurs réactions, un COMITE DE PILOTAGE est composé. La
première réunion de celle-ci est vouée à un
échange d' idées sur la problématique
même, la façon dont le Réseau Cultures va
l' aborder et une liste de personnes à contacter. Le nombre
de personnes sur cette liste sera nettement plus
élévé que le nombre de participant(e)s au
programme.
Sur base des commentaires du Comité de Pilotage, le document de
présentation du programme est finalisé. Il contient la
précision de la thématique, la méthode de travail,
les obligations des participant(e)s, à savoir le schéma
de travail pour les 18 mois, y compris toutes les dates limite, et un
formulaire d' inscription. Il est également expliqué
que les frais de voyage et de séjour ne seront payés que
pour celles et ceux qui auront effectivement écrit leurs deux
contributions. La raison avancée est liée au don et au
contre-don : vous faites un don de votre part, mais vous en recevrez en
échange une vingtaine.
2. Contacter (mois 2-4)
Le document de présentation est
envoyé aux “ personnes à
contacter ”. Il leur est demandé de lire
attentivement le document, de donner des commentaires et -au cas
où ils(elles) souhaitent participer- de nous envoyer un
bref descriptif de leur profil personnel et professionel. Celui-ci
aidera à effectuer une sélection entre les candidat(e)s
en fonction d' un double critère :
l' expérience pratique et la capacité de la
décrire. (L' expertise intellectuelle est prise en compte
surtout pour les recherches impliquant un travail théorique et
conceptuel).
Suit une deuxième réunion du
Comité de Pilotage. Il fait la sélection des candidat(e)s
et formule les questions pour la première vague de contributions
écrites.
3. Enregistrer (mois 4-8)
Les participant(e)s
sélectionné(e)s reçoivent les questions pour la
première vague de contributions écrites. Celles-ci
concernent leur vécu de la problématique dans leur propre
contexte. Cette première vague se situe donc sur le plan
personnel, local, spécifique et descriptif.
Les contributions sont envoyées avant
la date limite au secrétariat du Réseau Cultures. Le
Comité de Pilotage les étudie, se réunit, analyse
les résultats et formule des questions pour la deuxième
vague de contributions. Celle-ci vise à passer du personnel au
collectif, du local au mondial, du spécifique au
général et de la description à l' analyse
tout en gardant la richesse de la diversité (rendue explicite)
des contextes.
4. Echanger (mois 8-11)
Les participant(e)s reçoivent
l' ensemble des contributions de la première vague
accompagné des questions pour la seconde. (C' est
également le moment de donner des informations concernant toutes
les questions pratiques : visa, voyage, arrivée, climat, etc.) .
La lecture des textes est toujours une découverte fascinante vu
le fait que tou(te)s les participant(e)s ont réfléchi sur
les mêmes questions mais à partir de
réalités divergentes.
Elles/ils rédigent leur deuxième contribution et
l' envoient au secrétariat du Réseau Cultures en
respectant la date limite.
Celui-ci distribue l' ensemble des textes de la deuxième
vague aux participant(e)s et au Comité de Pilotage. Une
dernière question est posée : “ Après
lecture des deux vagues de contributions des participant(e)s, quelles
sont les questions que vous aimeriez approfondir pendant la Rencontre
? ”.
Entretemps la/le coordinatrice/teur du programme essaie de
rédiger un aperçu des “ matières
premières ” des deux premières vagues de
contributions, p.ex. en rangeant les matériaux selon les
réponses de tou(te)s les participant(e)s à telle ou telle
question. (Dans certains cas, une ébauche de synthèse des
deux vagues est soumise aux participant(e)s). Cet aperçu
facilitera la réflexion pendant la Rencontre. S' il
s' agit d' une Rencontre bilingue, c' est aussi
l' occasion de traduire les passages cités vers les deux
langues de sorte que celles/ceux qui n' ont pas pu lire certaines
contributions peuvent quand-même prendre connaissance de
l' essentiel.
Le Comité de Pilotage se réunit
une quatrième fois pour discuter des résultats de la
période de préparation, les points suggérés
par les participant(e)s et l' animation de la Rencontre.
5. Approfondir (mois 12)
Le travail collectif de préparation
aboutit à une Rencontre. Les participant(e)s, ayant
déjà lu les deux contributions que les autres ont
rédigées sur base de leurs expériences et de leurs
réflexions, arrivent avides de se rencontrer. La
découverte de “ qui est qui ” est toujours
un moment fort. On ne se juge pas sur l' extérieur. On
“ tâtonne ” très peu. Tout le monde
est déjà “ dans le bain ”.
Sur place les participant(e)s reçoivent un document contenant
tous les points suggérés par chacun pour approfondir la
réflexion. Ceux-ci sont repris littéralement afin que
chacun(e) s' y retrouve et soit rassuré(e) que ses propres
questions sont effectivement à l' ordre du jour.
Le premier matin on fait un tour de table qui
permet d' éclaircir le pourquoi des points
suggérés. Un schéma de travail en émerge.
Les participant(e)s décident également des
modalités de travail (carrefours, jeu de rôles, sessions
plenières, communication non-verbale, moments de
méditation, ou de détente et de fête, etc.). Il
n' y a pas d' ordre du jour pré-établi.
D' une manière générale, il n' y a pas
d' intervenants extérieurs.
La Rencontre dure trois ou quatre jours
pleins. Elle constitue toujours un pas en avant dans la
compréhension de la problématique. Un temps
d' immersion locale est prévu si possible.
6. Conceptualiser (mois 12-15)
Tandis que sont privilégiés la
description et l' analyse d' expériences
concrètes ainsi que l' échange de vues pendant la
Rencontre, le secrétariat du Réseau Cultures veille
à une analyse transversale qui augmente la pertinence de
l' ensemble du travail collectif. Cette analyse (qui est
rédigée après la Rencontre) permet
également de contribuer à la conceptualisation de la
problématique en question.
Le projet de texte de l' analyse transversale est soumis à
tou(te)s les participant(e)s pour commentaires avant d' être
finalisé.
7. Diffuser (mois 15-18)
Les résultats de toute la
démarche sont diffusés de différentes
manières :
- une publication : parfois celle-ci contient un texte de chaque
participant(e) (révisé par elles/eux-mêmes
après la Rencontre) accompagné de l' analyse
transversale. Parfois elle consiste en une analyse transversale
parsemée d' un grand nombre de citations;
- dans la revue CULTURES ET DEVELOPPEMENT du
Réseau Cultures;
- par le biais des fiches
d' expériences de la banque de données DPH de la
Fondation Charles Léopold Mayer (FPH);
- pendant les sessions de formation qui sont
soit organisées par le Réseau Culture lui-même soit
par d' autres organisations.
Le secret du succès de cette
méthode réside dans la transparence du pourquoi des
engagements demandés. Dès le début, la raison de
chaque étape est bien expliquée : le pourquoi des dates
limites pour le bon déroulement du processus et la pertinence de
chaque contribution de chaque participant(e) à chaque
étape.
Un autre élément vital est la
deuxième contribution écrite pendant la période de
préparation de la Rencontre. La première fois les
participant(e)s se sont penché(e)s sur leur propre
réalité. La deuxième fois il est impératif
qu' elles/ils aient bien lu et digéré ce qui ressort
d' autres réalités pour pouvoir répondre
à la deuxième vague de questions.
Du point de vue
“ efficacité ” (notion chère aux
bailleurs de fonds...), il est clair que la préparation
soigneuse et l' engagement actif des participant(e)s font
qu' on a déjà “ gagné ”
beaucoup de temps avant les Rencontres. A chaque fois celles-ci ont
été marquées par une qualité exceptionnelle
d' écoute de l' autre grâce au fait que
l' envie de le rencontrer a été progressivement
éveillée et qu' on se sent rassuré que
l' essentiel de ce qu' on avait à dire soi-même
a déjà été communiqué.
Edith Sizoo
NOTE
Les programmes thématiques du Réseau Cultures
menés selon la méthode décrite sont :
1. Gestion d' entreprise et cultures africaines (Livre :
“ Organisations économiques et Cultures
africaines ”, sous la direction de Issiaka-Prosper LALEYE,
Henri PANHUYS, Thierry VERHELST, Hassan ZAOUAL, 1996, 500 p., Paris,
L' Harmattan; 2 Numéros spéciaux, no. 19 et
no.20/21, 1994-1995, de “ Cultures et
Développement ”.
2. Cultures et Femmes (Livre : “ Women' s
Lifeworlds ”, sous la direction d' Edith SIZOO, 1997,
London, Routledge, 254 p.; traduction vers le français à
paraître fin 1998 : “ Univers de femmes ”,
Paris, Côté Femmes; Double numéro spécial de
“ Cultures et Développement ” no. 25/26,
1996.
3. Méthodologie d' analyse et d' action
socio-culturelle, Numéro spécial “ Cultures et
Développement ” no. 27/28, 1997.
4. “L' équilibre Yin-Yang : Réconcilier
le masculin et le féminin ” (Document de
synthèse, Nadia Leila Aïssaoui, Edith Sizoo, 1997, Paris,
Bruxelles, Alliance pour un monde responsable et solidaire et
Réseau Cultures Europe)
5. Economie et cultures locales (livre : “ Economische
organisatie en lokale culturen ”, Thierry Verhelst,
Numéro spécial “ Cultures et
Développement ” no. 31/32, 1998.
Programmes
thématiques en cours :
1. “ Expériences citoyennes au Sud et au Nord :
sources d' inspiration de l' engagement social et le
rôle de l' identité dans le développement
local et la démocratie à la base ”.
2. “ Perceptions culturelles de la responsabilité
civique et sociale dans une Europe multi-culturelle ”.
3. “ Ce que les mots ne disent pas : l' Alliance...
Tour de Babel ou écoute interculturelle? ”.
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