L' évolution vers un monde
toujours plus “ globalisé ”,
resserré et uniformisé est déjà ancienne.
On en trouve l' origine dans la main-mise progressive de
l' Occident sur le monde entier. En ce sens, il y a
continuité entre colonialisme, développement et
globalisation. Le colonisateur affirmait ouvertement la
supériorité de sa culture. Si les théoriciens et
les experts s' exprimaient de façon plus voilée, ils
n' en assuraient pas moins la promotion d' un modèle
social, économique et politique qui s' inspire directement
de l' expérience occidentale moderne. Se développer,
participer à la mondialisation, c' était en somme
s' occidentaliser. Il fallait, à leurs yeux, de la
croissance économique à tout prix, des infrastructures
lourdes, plus de rationalité économique et
managériale, des écoles et des projets qui changent les
mentalités. On le proclamait bien haut dans les années
soixante quand on posait les fondements des théories du
développement : ces mentalités liées aux
traditions et cosmologies locales, jugées surrannées,
devaient évoluer vers la modernité. Il fallait à
tout prix embrasser la raison instrumentale, la productivité, la
liberté, le progrès. Si les
“ développeurs ” ont bien dû
constater que leurs approches et stratégies n' ont pas
donné les résultats escomptés, les parangons de la
globalisation crient sans vergogne qu' il n' y a pas de salut
en dehors du matérialisme économiste, du rationalisme et
de la démocratie à l' occidentale.
* Ethnocentrisme arrogant et
auto-dénigrement débilitant
Si tous les peuples ont tendance à
être ethnocentriques, donc à se considérer comme
les seuls à être vraiment
“ normaux ”, ceux qui en ont les moyens
financiers et politiques ont vite fait d' imposer leur
normalité comme norme, quitte à l' affubler du nom
de “ valeur universelle ”. Ce refus de
l' altérité fut, pour l' Occident en
particulier, “ l' occasion manquée ”
d' apprendre des autres. Il fut pour les pays du Sud une menace
terrible d' aliénation culturelle. Un enjeu qui se
dégage de nos travaux sur la coopération au
développement et sur la globalisation, c' est, pour les
Occidentaux (et les Japonais), de faire face aux raisons profondes de
leur ethnocentrisme aveuglant et arrogant.
Autre volet de cet enjeu: ne pas tomber dans
l' excès opposé et verser dans
l' idéalisation naïve et nostalgique de
l' exotique, tout en déplorant sa propre identité.
Des Occidentaux tombent
parfois dans le panneau du masochisme et s' attardent à
dénigrer tout ce qui est européen, Blanc,
judéo-chrétien, etc. Bien qu' inspirée
d' une salutaire prise de conscience des méfaits de
l' arrogance culturelle et politique de l' Occident depuis
quelques siècles, cette attitude extrême témoigne
d' un appauvrissement culturel dommageable pour tous. Certains
ex-colonisés en sont là, eux aussi. Ils méprisent
lamentablement leur propre héritage. Rien de créatif et
de fort ne saurait naître d' un tel auto-dénigrement.
Si l' esprit critique est un des atouts de la modernité
occidentale, la haine ou l' oubli de ses racines ne mènent
nulle part..
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