| La méthode de Recherche-action
participative (RAP) qui a retenu notre intérêt voire
même notre préférence (mais tout dépend de
la situation concrète) est relativement nouvelle. Elle rejette
le monopole universitaire sur la production du savoir. Elle fait
également appel au savoir "à la base, de la base, pour la
base". Elle s'insurge aussi contre la notion newtonienne et
positiviste-instrumentaliste du savoir distancié (le sujet face
à l'objet de son savoir, voir point 2.2.1). Il a
déjà été fait allusion au point 1.2
ci-dessus à la RAP.
Lier recherche,
participation et action
La méthode
RAP implique que l'on accepte que chacun sait ce qui se passe autour de
soi et que cette connaissance-là constitue une force de
changement. Le respect de cette réalité est le fondement
de cette nouvelle façon de concevoir la production du savoir.
Elle lie, comme il a été maintes fois souligné
ici, la recherche et l'intervention sociale.
Historique de la RAP
La recherche est
intrinsèquement humaine. Dès les âges les plus
reculés, l'homme "cherche", par exemple, sa nourriture et un
endroit propice où enterrer ses morts. L'homme a toujours
disposé d'un corpus de savoir lui permettant de s'adapter
à son environnement. La création d'universités et
de laboratoires est récente. Elle mena à la science
formelle et experte avec ses acquis incontestables. Mais cette science
formelle a tendance à s'opposer à la science informelle
et populaire.
La division entre
experts et population que l'on constate aujourd'hui dans l'intervention
sociale au Sud comme au Nord trouve son origine dans cette conception
formelle et souvent arrogante du savoir dominant, celui de "l'expert".
Cardijn-Moreno-Lewin-Freire
La réaction
contre la monopolisation du savoir a commencé en Occident
dès la fin du 19ème siècle, notamment avec Joseph
Cardijn, fondateur à Bruxelles de la J.O.C. et initiateur de la
méthode "Voir, juger, agir". Par ce slogan, la Jeunesse
Ouvrière Chrétienne revendiquait, sous l'impulsion de
l'abbé Cardijn, sa capacité de réfléchir et
de fonder son action sur cette réflexion.
Moreno, le
père du psycho-drame ou socio-drame avait dès 1913
inventé la notion de "Aktionsforschung"
(recherche-action) en travaillant comme médecin dans le milieu
des prostituées à Vienne (Autriche).
Celui qui est
considéré comme le père de la recherche-action est
Kurt Lewin, lequel avait initié avec des jeunes une
méthode "qui commence là où le client se trouve".
Il invita des jeunes à analyser leur propre situation. Il
voulait éviter la coupure entre la production du savoir et les
"objets" de ce savoir. Il voulut au contraire intégrer les gens
en tant qu'acteurs dans la réflexion qui finirait par les
affecter. La spirale recherche-action-recherche-action a pour but
fondamental la démocratisation.
L'idéologie
du développement communautaire se marie avec la notion de
diagnostic/prise de conscience. Paulo Freire, nous l'avons
déjà noté (Annexe VI), développa ensuite sa
méthode de conscientisation : donner du pouvoir aux acteurs
parce qu'ils sont compétents.
Fin des
années '60, se développa une rébellion contre le
savoir universitaire, notamment par la recherche appelée en
Allemagne "Aktivierende Befragung" (enquête
mobilisatrice). Il s'agissait, par exemple, d'aller de porte à
porte dans les quartiers pour entamer une conversation dont le but
était d'inviter à la réflexion. Ainsi, tel agent
dit "il paraît que le club de jeunes du quartier cause des
problèmes car il y a eu vandalisme. Qu'en pensez-vous ?". La
synthèse des conversations ayant été faite,
celle-ci est restituée aux gens du quartier, par
pâté de maison. Cette enquête débouche sur
une action en commun.
Orlando
Fals-Borda-Anisur Rahman-Budd Hall
La critique la plus
tranchée est intervenue dans les années '70 et vient des
universitaires engagés du Sud s'insurgeant contre l'aspect
élitiste, importé, ethnocentrique du savoir occidental.
D'autres épistémologies furent proposées,
notamment par Orlando Fals-Borda (Colombien), Mohammed Anisur Rahman
(Bangladeshi) et Budd Hall (Canadien travaillant en Tanzanie). (Se
référer à Fals-Borda et Rahman Action and
knowledge. Breaking the monopoly with P.A.R., Apex Press, N.Y.
1991). C'est Budd Hall qui lanca le vocable Participatory
Action-Research (P.A.R.) ou RAP : "recherche-action-participative"
au cours de son travail visant à associer les villageois ujamaa
de Tanzanie à sa recherche-action.
La mise en pratique
de la R.A.P.
En anglais, on
appelle cette méthode Participatory Action Research
(PAR). Rajesh Tandon (Indien) et Vio Grossi (Chilien) en sont des
protagonistes importants. On parle aussi d'"action anthropology",
de "dialogical research" ou de "participatory rural appraisal"
(Robert Chambers et Parmesh Shah). Certains parlent même de "guerilla
research" !
En français,
Emmanuel Ndione (Sénégalais) et son équipe de Enda
Graf se distinguent par la profondeur et la précision de leurs
écrits en la matière, lesquels sont bien sûr
inspirés de leur pratique. Voir à ce sujet de Ndione "La
recherche-action-formation, un miroir du savoir paysan" dans Cultures
et Développement - Quid Pro Quo no. 8/9, p. 10 et du
même auteur "Dynamique urbaine d'une société en
grappe. Un cas : Dakar", Enda, Dakar. Voir également du
même auteur : "Les projets comme méthode de recherche", Cultures
et Développement - Quid Pro Quo no. 12, p. 6 et "La
recherche-action", idem, p. 10.
En français
on parle encore de "recherche-action", "d'enquête
conscientisante" (Michel Seguier), "d'intervention sociologique" (Alain
Touraine) ou "d'intervention institutionnelle" (La Passade &
Rémy).
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