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UNE METHODE APPROPRIEE A LA COMPLEXITE HUMAINE
 

Le Réseau Cultures plaide depuis le début de son existence, en 1987, pour la prise en compte de la culture dans le développement. Celui-ci a trop souvent été confondu avec occidentalisation et imposition de critères matérialistes et rationalistes. Ceux-ci sont dangereusement réducteurs de l'homme et destructeurs des savoir-faire, valeurs et modes d'organisation locaux.

Un travail de recherche, puis de réflexion-animation au cours d'innombrables conférences et sessions de formation nous ont permis d'approfondir la question de l'ethnocentrisme dans la coopération au développement et de diffuser les résultats de nos recherches au sujet de l'importance et de la fonction de la dynamique socio-culturelle locale.

Etre pratique sans verser dans l'approche mécaniste

Cependant, ce travail ne pouvait se limiter à une prise de conscience, quelqu'importante fut-elle, ni à un savoir théorique, même étayé d'un grand nombre d'exemples tirés d'Afrique, d'Europe, d'Asie et des Amériques. Nos auditeurs, nos membres, nos amis reviennent régulièrement à la charge : "Nous sommes devenus conscients de l'importance de la prise en compte de la culture dans tout projet de développement et, au-delà, dans tout projet social. C'est capital. Mais maintenant, que faire ? Comment adapter nos pratiques à cette prise de conscience dérangeante, parfois bouleversante ? Comment traduire l'apport théorique venant notamment du Réseau cultures en mesures concrètes dans la coopération au développement ?". Le Réseau Cultures estime qu'il se doit de poursuivre sa réflexion là-dessus afin de contribuer à la mise en oeuvre par les praticiens de la sensibilité et du savoir nouvellement acquis relatifs à la dynamique culturelle.

Refus de la boîte à outils

Nous avons donc entendu ce questionnement - plus, nous le partageons. C'est dans cet esprit que le Réseau Cultures tint, déjà en 1992, un Atelier de Méthodologie près de Chartres (France). Il faisait suite à la Conférence de Glasgow (G.B.) de 1990 sur la "compréhension du sens implicite des pratiques locales". (Voir à ce sujet notre revue Cultures et Développement - Quid Pro Quo no. 10/11 de septembre 1992 et no. 14 de janvier 1993). Ces travaux aboutirent à renoncer à la production "d'outils", c'est-à-dire d'instruments immédiatement et universellement utilisables dans une perspective mécaniste, comme si la réalité sociale pouvait être connue (et donc maîtrisée) comme une machine. Nous options pour la critique constructive et l'amendement apporté à quelques méthodes en cours dans la coopération telles que le questionnaire de la Commission Européenne (Convention de Lomé), le vademecum OXFAM, la PIPO (Logical Framework encore appelée "Problem Ranking" et, en allemand, la méthode ZOPP), la grille de la Banque Mondiale ("Beneficiary Assessment"), l'approche APHD, etc. Nous retenions surtout la Recherche-Action Participative et son cousin germain la Rapid Rural Appraisal encore que nous élevions des mises en garde sur le côté instrumentaliste (rapidité) de cette dernière.

Une question d'attitude autant que d'aptitude

La Recherche-Action Participative ou R.A.P. nous paraissait intéressante dans la mesure où il s'agit d'une méthode dans laquelle l'esprit, la sensibilité, la qualité de la relation entre le chercheur et la communauté sont au moins aussi importants que l'outillage technique. Cela correspond bien à notre conviction : pour comprendre un groupe, une communauté, "l'attitude" est aussi importante que "l'aptitude". Il ne s'agit donc pas de mettre au point un outil miracle passe-partout qui permettrait aux développeurs d'intégrer le culturel dans leur approche. En effet, il ne s'agit pas seulement d'un autre savoir-faire, d'une aptitude cognitive supplémentaire. Il s'agit encore moins d'un nouveau gadget pour "expert" pressé, par exemple "le" questionnaire performant, "la" formule appropriée pour opérationnaliser rapidement et efficacement le savoir anthropologique !

Il s'agit au-delà d'aptitudes techniques certes nécessaires d'une attitude faite d'humanisme, de patience, de respect de l'altérité. Il s'agit en outre de soumettre constamment la prétention d'observer et de connaître l'autre à la question de la légitimité de cette entreprise : de quel droit est-ce que j'étudie l'autre, dans quel but et au profit de qui se déroule cette étude ? Et enfin, les gens qui sont "l'objet" de cette étude n'ont-ils pas le droit et la capacité d'en être les sujets ? Nous avons abordé ces questions liées à la démocratie et à la "science libératrice/émancipatrice" dans le no. 10/11 de notre revue ("Emancipatory Science v. Bureaucratic Approaches in Social Research").

(...)

haut de page © 2000, South-North Network Cultures and Development