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INTRODUCTION
                                                                                                 
Ce numéro spécial de Cultures et Développement - Quid Pro Quo est entièrement consacré aux résultats d’un projet de livre, initié par le Réseau Cultures et intitulé « TISSER LA VIE : récits de femmes ». L’objectif de ce projet était de rendre explicite la diversité et la complexité des perceptions,par des femmes, des réalités qu’elles vivent et leurs manières de « tisser leurs vies ».

Quinze femmes de divers groupes d’âge et d’origines culturelles, religieuses, sociales et géographiques différentes ont accepté de raconter par écrit la vie de leur grand-mère, de leur mère, d’elles-mêmes et de leurs filles (ou, si cela ne s’avérait pas possible, d’autres femmes de ces générations proches de la famille). Ces récits de vie ont servi de base à la préparation d’un Atelier lors duquel les auteurs ont eu l’occasion de partager leurs perceptions des courants sous-jacents des récits. D’après les commentaires de ces quinze femmes, la principale incitation à prendre part à ce processus assez exigeant était précisément cette requête d’écrire l’histoire de quatre générations. Dans le cadre de leur profession, jamais il n’avait été demandé à aucune de ces femmes d’écrire sur sa vie à elle ou celle de ses proches. Cet acte n’a pas laissé inchangées leurs relations. Les participantes furent obligées de se pencher sur les perceptions que leur mère et leur grand-mère avaient elles-mêmes de leur vie. Cet effort a donné lieu à des discussions entre grands-mères, mères et filles sur leurs visions respectives de leur vie et de celle des autres - discussions qui, dans certains cas, n’avaient jamais eu lieu.

Les récits racontent les histoires de 54 femmes en Asie, Afrique, Amérique Latine et Europe. Ils couvrent une période de plus de cent ans.

L’analyse des récits a renforcé la motivation pour le thème dans le sens qu’elle illustre la nécessité d’approches (plus) nuancées et spécifiques des manières dont des femmes perçoivent leurs réalités et y réagissent. Les récits anéantissent des images stéréotypées. Ils dépassent des préoccupations féministes traditionnelles. Ils font ressortir des manières implicites, mais toutes concrètes, de femmes de détourner des tendances dominantes, de définir la réalité en termes de dichotomies. Elles entremêlent des éléments en apparence opposés plutôt que de les séparer. Les récits dévoilent des différences visibles et des similarités invisibles. Et ils font prendre conscience des similarités trompeuses créées par l’utilisation de langues dominantes dans des relations interculturelles. (…)

La pensée et l'action féministes ne se sont pas toujours encombrées de nuances. Elles ont peut-être donné l'impression de ne voir partout qu'un seul et même problème universel de soumission à des modèles de sociétés patriarcales, et de travailler à des stratégies globales, uniformes, visant à donner du pouvoir aux femmes. Cependant, lorsqu'on regarde de plus près l'accent mis sur les divers aspects de la question, on s'aperçoit non seulement que la pensée féministe recouvre différents courants, mais aussi qu'elle est intrinsèquement hétérogène. On ne peut pas parler d'un féminisme, mais d'une variété de féminismes, chacun avec ses propres angles et intérêts.

Selon les lieux et les époques, on constate une variation de l'importance accordée à des thèmes comme les droits des femmes dans la société, les politiques d'émancipation et les politiques de vie. Beaucoup de féministes se concentrent plus particulièrement sur l'égalité des sexes et l'accès égal à la prise de décision, ou sur les relations de pouvoir. D'autres, en particulier celles de l'hémisphère sud, ont le sentiment que les féministes ne devraient pas tant se focaliser sur la sexualité. Elles mettent en question les hiérarchies au sein de la sphère féministe en général et qualifient les écrits féministes occidentaux de "discours colonial" sur "la femme du tiers-monde", discours qui ignore les différences. Dans le même temps, de nombreuses formes de féminisme au Nord reconnaissent ou militent en faveur du pluralisme. Parfois, elles vont même plus loin en mettant en question la catégorie générale de "la femme", la trouvant trop rigide et dichotomique, alors que la vie est en réalité plus fluide. Pour certaines au sein de ce mouvement féministe hétérogène, le principal souci est une action politique explicite menée par un mouvement bien organisé. Pour d'autres, cela ne figure même pas à l'ordre du jour.

 

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