| Si l'on regarde de
près les récits de vie, on constate que les femmes
décrites ne sont pas confrontées aux mêmes
pressions sociales en tout lieu et en tout temps. Cependant, il y a au
moins un domaine de tensions auquel toutes les femmes doivent faire
face: les réactions au corps féminin de la part de
l'entourage social. Le corps de la femme est depuis longtemps
considéré comme une merveille, admiré pour sa
valeur esthétique: il suffit d'entrer dans n'importe quel
musée d'art pour constater que le corps de la femme est et a
toujours été considéré comme un objet de
beauté. Pourtant, à cause de la manière dont
certaines réactions à ce corps ont été
institutionnalisées et sanctionnées par des institutions
religieuses, des pratiques culturelles, des pouvoirs politiques et des
besoins commerciaux, le corps féminin est devenu un champ de
bataille de l'identité culturelle et religieuse ainsi que de la
compétition économique.
Aux
exemples des récits sont venus s'ajouter d'autres exemples qui
ont émergé au cours des discussions de l'Atelier. Ils
mettent en évidence trois aspects de ce domaine de tension: le
contrôle masculin sur le corps féminin, l'imposition au
corps féminin de perspectives patriarcales et commerciales, et
aussi la complicité des institutions religieuses à
prendre pour cible le corps féminin à des fins de
pouvoir. (…)
Pour être honnête, il faut noter
que ce n'est pas exclusivement à cause des hommes que le corps
féminin est pris pour cible à des fins d'identité
culturelle et religieuse ou pour des objectifs commerciaux. Les
systèmes patriarcaux ne pourraient pas fonctionner sans la
complicité des femmes: elles contribuent à soutenir des
sociétés militaristes, au maintien de traditions comme la
clitoridectomie et elles collaborent à l'utilisation du corps
féminin pour vanter des produits commerciaux. Affirmer qu'elles
sont simplement forcées de le faire serait présenter une
conception trop passive de la femme.
Dans une certaine mesure, des défis
similaires se posent en des temps et des lieux différents.
Cependant, ils ne sont pas toujours et partout présents avec la
même force. On constate une diversité croissante
d'opinions et de pratiques au sein des familles, au sein des
sociétés et entre les sociétés. Grâce
aux nouvelles possibilités (notamment techniques) de
contrôle du corps féminin par les femmes, ainsi
qu'à la solidarité via les mouvements de femmes, le
contrôle masculin sur le corps de la femme se heurte à une
modification de l'opinion en divers endroits du monde. De même,
l'imposition de perspectives patriarcales ou commerciales et la
complicité des institutions religieuses n'ont pas la même
force au sein de groupes différents d'une même
société ou dans différentes parties du monde.
Cette variation contribue au fait que dans une
période donnée, des femmes dans différentes
parties du monde et dans différents secteurs de la
société luttent, et doivent lutter, sur différents
fronts. Elles assignent des priorités différentes
à l'arène dans laquelle elles veulent et peuvent se
battre. Leurs actions varient de la confrontation directe à
l'action pacifique, l'humour, l'ironie, la dramatisation, ou bien
s'attaquent durement aux intérêts économiques,
souvent en utilisant leur corps dans un acte de ju-jitsu symbolique.
(…)
Il semble que l'élément commun
à toutes ces réponses soit du domaine de
l'établissement de connexions. Ces femmes s'opposent à la
tendance des institutions religieuses à séparer
plutôt qu'à relier: séparation entre les
institutions, conflit au sujet des interprétations `des livres`
de la religion en question, rupture des connexions entre l'esprit, le
coeur et le corps. Ce qu'elles recherchent, c'est une
spiritualité qui unit au lieu de diviser. Pourtant, les
réponses à cette quête commune n'ont pas
été et ne seront vraisemblablement pas les mêmes.
Heureusement, car la diversité des réponses ne peut
manquer d'être mutuellement enrichissante, pour autant que cette
quête soit considérée comme une tentative de faire
l'expérience du miracle qu'est la Vie. (…)
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