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LA DYNAMIQUE CULTURELLE DANS LE DEVELOPPEMENT

UN OUTIL POUR PRECISER LA NOTION DE CULTURE


1. EVITER LA CONFUSION
2. SURVOL DES DEFINITIONS
3. ESSAI DE DEFINITION DE LA CULTURE
4. CULTURE, ENSEMBLE COMPLEXE
5. HERITAGE, ADOPTION, INVENTION
6. LA CULTURE, SOURCE DE SOLUTION AUX DEFIS


1. EVITER LA CONFUSION

Par culture, les uns entendent l'ensemble des valeurs et coutumes, d'autres songent essentiellement à l'art, d'autres encore pensent à la culture générale et à l'éducation. Etant donné‚ ce manque de précision, il n'est pas rare que l'on tourne en rond. On parle de tout et de rien. Si des recommandations concrètes quant .à l'action sont recherchées au cours d'une discussion ou dans une salle de cours, on risque de déboucher sur de faux consensus. Il faut des concepts précis et clairs. Ils portent en eux l'action future.

2. SURVOL DES DEFINITIONS

Tentons de clarifier ce qu'on peut entendre par ce mot culture quand on aborde la problématique "culture et développement".

2.1 Acceptions étroites

Il existe du terme culture des acceptions étroites, réduisant la culture à l'art ou à l'éducation. L'art renvoie à la créativité artistique et littéraire ou à quelque chose qui relève de la muséologie (p. ex. une peinture, un objet artisanal). L'éducation renvoie à l'enseignement ou à l'ensemble de la "culture générale" dispensée dans cet enseignement et dans les "maisons de la culture" ou dans les médias, etc. On trouve, dans ce sens-là, des ministères de l'Enseignement et de la Culture. L'éducation doit être populaire pour les uns tandis qu'elle est l'apanage d'une élite pour les autres. On dit en ce cas de quelqu'un qu'il est une "personne cultivée" et cette qualification connote souvent un statut social bourgeois voire élitaire. La culture est alors liée en grande partie à l'éducation quant au passé et certains auront tendance à l'associer à la connaissance de l'histoire, d'une langue morte (le latin, le sanskrit) ainsi qu'à celle des monuments anciens. D'autres insisteront sur la connaissance des créations artistiques ou littéraires contemporaines.

2.2 Acception large

Il existe cependant une acception beaucoup plus large de la culture. C'est celle qu'il faut retenir lorsqu'on parle de culture en relation avec le développement. Nous tenterons de manier cette notion large de la culture tout en évitant d'entretenir la confusion et le flou qui se prêtent à d'innombrables discours plus ou moins ronflants et diplomatiques mais qui empêchent la clarté dans l'énoncé d'une vision, l'acuité de l'analyse, la précision dans l'énoncé d'une stratégie. Mettons nous donc d'accord sur une définition adéquate.

3. ESSAI DE DEFINITION DE LA CULTURE

On peut débattre à l'infini des définitions de la culture au sens large. La sociologie et l'ethnologie en ont proposé un nombre élevé. Retenons celle-ci qui semble un bon outil de clarification :

"La culture est l'ensemble complexe des solutions qu'une communauté humaine hérite, adopte ou invente pour relever les défis de son environnement"

Nous approfondirons d'abord les termes "ensemble complexe" et ses composantes symboliques, sociales et techniques (point 4). Ensuite nous traiterons des termes "hérité", "adopté", "inventé" (point 5). Puis, nous évoquerons le rôle de la culture comme processus dynamique par lequel une communauté‚ tente de relever les défis auxquels elle est confrontée.

4. CULTURE, ENSEMBLE COMPLEXE

La culture constitue un "ensemble complexe" qui forme un tout indissociablement uni.

4.1 Décomposons toutefois cet ensemble complexe en trois dimensions : le symbolique, le social, le technique.

4.1.1 La dimension symbolique.

Toute culture se compose de cosmologie, de religion, de spiritualité, de morale, de traits psychologiques, d'archétypes, de légendes et proverbes, de mythes, de symboles ... On retrouve des éléments de cette dimension symbolique dans l'art et dans les monuments mais aussi dans les comportements très concrets et quotidiens des gens. Ainsi, telle culture pousse à l'individualisme et à la maîtrise du temps et de l'espace. Telle autre favorise la sécurité au sein du groupe et à l'harmonie avec la nature. Nous ne sommes souvent pas très conscients de cette dimension de notre culture tant elle se confond avec notre identité. Elle est d'ailleurs largement immatérielle, invisible, non quantifiable. Cependant, cet univers symbolique dans lequel nous baignons influence en profondeur notre vision des choses et notre façon de faire. Cette dimension est souvent enfouie, voire invisible. Elle n'en est pas moins tenace et aux changements véhiculés voire imposés par le monde extérieur.

4.1.2 La dimension sociale.

Les manières dont les gens s'organisent en société constituent une part importante de leur culture. La famille plus ou moins étendue et plus ou moins partriarcale ou égalitaire; le clan matri- ou patrilinéaire; le rôle du temple dans le village, ou celui du roi, du conteur ou de l'artiste; les modes de collaboration telles que l'association traditionnelle ou néo-traditionnelle d'entraide ou d'épargne, la coopérative, la mutuelle; les modes de résolution des conflits tels que l'arbitrage d'un sage local, la recherche du consensus de tous les intéressés ou, au contraire, le litige judiciaire voire la vendetta; les formules d'organisation politique et administrative telles que le conseil des notables, l'Etat, la municipalité et leur organisation interne ..., tout cela contribue à l'organisation de la société. Ces modes d'organisation sociale constituent un élément important de la culture d'une communauté.

4.1.3 La dimension technique.

Toute communauté dispose de connaissances, de pratiques et de savoir-faire. Citons des domaines aussi divers que l'agriculture, la médecine, l'architecture, la cuisine, l'artisanat, la pêche, l'élevage, les productions vivrières, la communication, l'industrie, le commerce, les services ... Le doigté du forgeron ou de l'apiculteur, la connaissance qu'a le paysan de son sol et des rythmes des saisons, le savoir-faire du guérisseur, la maîtrise de l'ordinateur, tout cela constitue des éléments précieux d'une culture.

4.1.4 L'activité artistique et l'expression culturelle pourrait aussi être citées comme composante encore qu'elle soit en fait déjà. présentes dans les trois précédentes. En effet, un roman, un chant, une danse, une fresque murale, un film participent à des dimensions symbolique, sociale et technique.

4.2 Ces dimensions ne sont qu'un aide mémoire.

La culture est l'ensemble indissociable des dimensions signalées ci-dessus. Ainsi que l'exemple de l'activité artistique l'indique fort bien, tout est en tout. Il est donc erroné de diviser la culture d'une communauté en "dimensions" comme si elles pouvaient être traitées séparément. Manions la distinction proposée uniquement comme un aide-mémoire. Nous le faisons donc pour des raisons étrangères à l'approche purement socio-anthropologique de la culture et liées à notre préoccupation en matière d'action dans le développement et à notre volonté d'aboutir à une compréhension extensive de la notion de culture.

5. HERITAGE, ADOPTION, INVENTION

Les communautés humaines héritent, adoptent et inventent leur culture.

5.1 Hériter.

La culture est en partie héritée. Elle est alimentée par le passé. Elle se compose donc, en partie, d'un héritage, d'un patrimoine légué par les générations antérieures. La mémoire du passé aide à raviver la culture.

5.2 Adopter.

Toute société adopte, au cours de son histoire, des éléments culturels qui lui sont d'abord étrangers. En effet, toute société est soumise à d'innombrables influences extérieures : des idées, des images, des objets, des techniques, etc. Ce brassage est positif et a permis à l'humanité d'avancer. Au contraire, une culture renfermée sur elle-même risque la sclérose. Cependant, il faut un minimum d'équilibre entre les apports extérieurs et l'identité propre, sans quoi il y a danger d'écrasement sous le poids des influences externes. C'est pourquoi il est nécessaire de conserver la capacité de sélectionner ces apports. La culture d'une communauté donnée se compose donc aussi des apports extérieurs qu'elle choisit d'adopter et de faire sienne.

5.3 Notons que si nous adoptons, nous adaptons également ! Il y a généralement adoption/adaptation. Chaque culture s'ingénie à ré-interpréter plus ou moins profondément les apports extérieurs qu'elle adopte afin de les rendre plus appropriés et appropriables. Il résulte de ce mécanisme d'adoption/adaptation qu'il n'y a pas de culture "pure" : les cultures sont hybrides, métissées, surtout dans le monde actuel de plus en plus interdépendant.

5.4 Inventer.

Troisième verbe dans notre définition : "inventer". En effet, la culture est aussi auto-produite, inventée, créée. Et ce processus de création est continuel, tant qu'une culture est vivante. Il en résulte qu'il n'y a pas de culture statique, immobile. Toute communauté‚ vivante crée et évolue.

6. LA CULTURE, SOURCE DE SOLUTION AUX DEFIS

En parlant de culture comme source de solution aux défis, on évoque l'inventivité des gens pour résoudre leurs problèmes et vivre conformément à leurs aspirations. Tout groupe humain est confronté à des défis et se donne les moyens d'y faire face par le biais de sa culture. Leur culture est un ressort, une source de dynamisme qui touche à tous les aspects de la vie personnelle et collective.

6.1 Certes, ce dynamisme peut être plus fort dans telle culture que dans telle autre et donner lieu à plus d'activité et de résistance chez les uns que chez les autres. Encore faut-il se méfier de jugements hâtifs et ethnocentriques à ce sujet et savoir que ce qui semble résignation ou passivité aux yeux d'un observateur extérieur (par exemple occidental) relève aux yeux des intéressés de la sagesse, de l'obéissance patiente ou du détachement (selon qu'ils seraient par exemple bantous, musulmans ou bouddhistes).

6.2 Il résulte de la conception dynamique de la culture proposée dans cette définition que le changement social ne peut être impoé‚ du dehors mais doit, au contraire, constituer une transformation culturelle relativement endogène. La transformation doit être "auto-produite" faute de quoi il y a écrasement, destruction.

6.3 Il résulte également de cette conception dynamique de la culture que celle-ci peut être abordée non seulement comme ayant un contenu spécifique (les trois dimensions ci-dessus mentionnées) mais aussi comme étant un processus social, c'est-à-dire comme ayant un certain nombre de fonctions dans la vie d'une société. La culture y "joue un rôle".

   
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