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Le Réseau Sud-Nord Cultures et
Développement chercha fin 1994 à approfondir la
connaissance du processus d'interaction entre macro-décideurs et
société civile. Nous voulions préciser la
responsabilité et le rôle des ONG intermédiaires
(niveau "méso", c.à.d. entre le "micro" et le "macro")
telles que, par exemple, le Réseau Sud-Nord Cultures et
Développement. Il s'agissait d'appréhender plus
clairement les relations possibles entre
- les exclus et marginalisés,
- les citoyens organisés et conscients
de la société civile, et
- les décideurs du monde politique,
économique et de celui des grands media. Voici la note de
présentation de ce séminaire.
Nous constatons la fin des "grands
récits". On peut se féliciter de la disparition du monde
bipolaire issu de la Guerre Froide et des simplismes conceptuels et
politiques auxquels il donnait lieu. Cependant, nous n'en avons pas
encore fini avec les simplismes ... Aujourd'hui, le
néo-libéralisme triomphant tente d'imposer partout sa
logique économique étroite. La "marchandisation" qu'elle
entraîne est destructrice et aliénante. Le
néo-libéralisme est d'autant plus puissant qu'il se
présente non pas comme une idéologie et un choix
politique mais comme la conséquence naturelle de soi-disant lois
de l'économie. A cet économisme réducteur
s'ajoutent des pratiques bureaucratiques envahissantes qui
mènent à un déficit démocratique
généralisé et à la perte de la
crédibilité des politiciens et à un usage de la
techno-science qui pose des questions éthiques fondamentales.
Le monde est menacé de toutes parts :
dualisation croissante dans les sociétés industrielles
avec son cortège de chômage et de maux sociaux;
misère criante dans certains pays du Sud;
inégalités croissantes entre les peuples; atteintes
à l'équilibre écologique, déracinement
culturel et spirituel avec ses conséquences tragiques qui ont
nom apathie et anomie ou au contraire fanatismes identitaires violents.
Plus que jamais, il faut faire entendre la
voix du citoyen et, en particulier, celle des sans-voix, des exclus de
la méga-machine. A l'époque des idéologies
sûres d'elles-mêmes, on menait un combat politique clair.
On savait quel avenir on voulait et les étapes pour y
accéder. Aujourd'hui, la prise de conscience de la
complexité sociale requiert des approches multiples. Il faut
agir mais dans l'acceptation de l'incertitude. L'action à mener
va... de la confrontation frontale au dialogue ouvert. Le temps des
grèves ouvrières, des luttes paysannes, du combat pour le
respect des droits humains (ceux de l'homme et de la femme) n'est pas
révolu. Mais à ces pratiques déjà anciennes
de la société civile s'ajoutent celles de la pression
politique des associations (le "lobbying"), l'effort sou-enu de
persuasion des pouvoirs publics ou commerciaux en faveur de telle ou
telle cause ("advocacy"), la mobilisation (combative ou ludique) de
divers secteurs de la société en faveur d'un objectif,
d'une cause voire d'une personne. Aujourd'hui, apparaît aussi la
médiation assurée par les ONG entre divers acteurs de la
société civile afin qu'ensemble on
réfléchisse et on réalise quelqu'objectif
ponctuel. Celui-ci peut être capital comme l'illustre la campagne
de médiation réalisée à Rio de Janeiro pour
mobiliser toute la société contre la violence urbaine et
la faim. (A ce sujet, le lecteur se reportera à l'article de
Siddharta dans ce numéro, intitulé : "Asia Reflections on
Civil Society in Brazil"). En ces temps de défis extrêmes
et d'incertitudes parfois aussi grandes, il y a place
simultanément pour toutes ces formes, des plus anciennes aux
plus neuves.
Le Réseau Sud-Nord Cultures et
Développement cherche à approfondir la connaissance du
processus d'interaction entre macro-décideurs et
société civile et à préciser la
responsabilité et le rôle des ONG intermédiaires
(niveau "méso", c.à.d. entre le "micro" et le "macro")
telles que, par exemple, le Réseau Sud-Nord Cultures et
Développement. Il s'agissait d'appréhender plus
clairement les relations possibles entre :
- les exclus et marginalisés,
- les citoyens organisés et conscients
de la société civile, et
- les décideurs du monde politique,
économique et de celui des grands media.
Il s'agit au cours de ce séminaire
d'examiner les relations et interactions entre les niveaux micro,
méso et macro. Ces interactions sont d'une importance capitale
pour tenter de remédier aux maux sociaux et écologiques
qui sont les nôtres. Il y a trop d'ignorance mutuelle entre,
d'une part, les grands décideurs (tels que FMI, BIRD, C.E.,
gouvernements, agences de presse, multinationales, banques, ... ) et,
d'autre part, les chômeurs, les habitants des bidonvilles et
favelas, les innombrables sans-voix "naufragés du
développement". Les ONG disposent d'informations, de
facultés d'analyse et de moyens de communication et de pression
qui leur font un devoir d'agir comme intermédiaires entre le
"micro" et le "macro".
Cet effort, qui devra être poursuivi,
vise à pourvoir le Réseau Cultures, les ONG en
général ainsi que d'autres acteurs dans la
société civile de moyens pour se "professionnaliser" dans
l'art de l'interaction micro-méso-macro.
Cet effort s'accomplit dans la perspective qui
est celle du Réseau Sud-Nord Cultures et Développement:
aider à comprendre et à respecter la culture des gens
"à la base" et à appuyer tout ce qui va dans le sens de
la revitalisalion et de la dynamisation de leur vie en
société. Il s'agit, pour l'exprimer dans les termes de la
sociologie tourainienne de contribuer au "retour de l'acteur".
Les contradicteurs de l'approche culturelle
des problèmes sociaux estiment que cette approche ne rend pas
suffisamment compte des mouvements sociaux majeurs qui animent les
populations analysées. L'approche culturelle ne serait pas
incarnée dans des forces sociales influentes, ni convertie en
stratégies vraiment organisées. Le présent
programme du Réseau Cultures vise à démentir cette
accusation.
Certes les exclus ne se mobilisent pas
toujours au nom de leur "culture", loin de là : elle n'est pas
toujours l'objet d'une revendication explicite et centrale. Mais toute
pratique, tout mouvement ainsi que la vie quotidienne des
démunis s'enracine dans une culture. Notre effort vise à
rendre explicite les aspirations, intérêts et motivations
qui sous-tendent les pratiques des gens. Ces pratiques renferment des
valeurs et des modes de vie potentiellement riches en alternatives.
Elles renferment du sens. Ce sens généralement implicite
doit être manifesté car c'est lui "la voix des sans voix".
Les pratiques de la base sont des contre-pouvoirs potentiels.
Comprendre ces pratiques et en divulguer le sens démystifie les
généralités proférées par ceux qui
ont le monopole de la parole et du savoir dit scientifique. La pratique
des gens à la base pointe vers d'autres façons de vivre
la lutte sociale, le politique, la vie en société. La
culture, c'est la dynamique profonde des peuples. Si on veut les
prendre au sérieux, il faut tenter de la comprendre, puis de
l'expliciter au grand jour. Au discours hégémonique des
puissants doivent d'urgence répondre les discours rendus
audibles des marginaux. C'est le prix à payer si on veut la
démocratie et la découverte d'alternatives
réalistes.
L'effort recherché ne vise pas
uniquement à mettre en valeur les valeurs et aspirations des
plus démunis. Il vise aussi bien à rendre plus explicites
les valeurs et intérêts souvent inconnus ou implicites des
grands décideurs. Il y a lieu de faire apparaître le sens
qui soustend les pratiques qu'il s'agisse du niveau macro ou micro.
Dans un monde en crise culturelle, ce regard
au-delà des apparences visibles, qui sonde l'invisible,
l'immatériel, le qualitatif est une tâche importante. Les
grands secteurs de la société, l'Etat, le Marché
et la Société Civile ont grand besoin de cette
interrogation sur les fins, faute de quoi les moyens mis en oeuvre nous
conduiront tous vers de dangereuses dérives.
LE PROGRAMME DU SEMINAIRE SE PRESENTAIT
COMME SUIT :
La confrontation violente
L'insurrection zapatiste contre le
gouvernement mexicain, par Luis Lopezllera Mendes de Mexico-City
(Promocion del Desarollo Popular).
La confrontation non-violente
L'action des tribus de H.D. Kote en Inde par
Siddharta, Bangalore (Fedina), Inde.
Le lobbying politique
L'action de la société civile au
Zaïre face à une situation chaotique par Badika Lukau
Nsumbu, Mbanza- Ngungu, Zaïre (APRODEC)
L'action des ONG envers la Banque Mondiale,
par Koenraad Verhagen, secrétaire-général de la
CIDSE et membre du Comité de Liaison ONG-Banque Mondiale. (NDLR
: voir extraits de l'article de Koenraad Verhagen et de Pierre Galand
(en anglais) ci-joint). L'action de Christian Aid envers le
Gouvernement britannique et certaines banques au cours de quelques
campagnes spécifiques par Wendy Tyndale de Christian Aid, une
ONG anglaise.
La médiation
La mobilisation de la société
civile contre la faim et la violence à Rio par Rubem Fernandes,
Rio de Janeiro (ISER) présentée par Siddharta qui
revenait d'un voyage d'étude sur ce sujet à Rio.
La recherche d'un vademecum pour l'action
à venir par Edith Sizoo, Réseau Sud-Nord Cultures et
Développement.
Nos lecteurs trouveront ci-dessous les notes
prises au vol durant l'exposé par Luis Lopezllera de la
situation au Mexique. Le texte (en anglais), préparé par
Siddharta suite à son séjour prolongé
auprès de la Base Régionale de Rio de Janeiro du
Réseau Cultures, se trouve sous la rubrique "Articles" au
début de ce numéro.
Enfin, on trouvera l'interview de notre ami
Pierre Galand, secrétaire général d'OXFAM-Belgique
anciennement (jusqu'à ce qu'il le quitte en signe de
protestation) membre du Comité de Liaison des ONG auprès
de la Banque Mondiale (cet interview est parue notamment dans le
journal belge, "Le Soir", que nous remercions.
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