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SEMINAIRE DE BRUXELLES SUR :

« L’INTERACTION SOCIETE CIVILE ET DECIDEURS : OBSTACLES ET OPPORTUNITES »

 

Le Réseau Sud-Nord Cultures et Développement chercha fin 1994 à approfondir la connaissance du processus d'interaction entre macro-décideurs et société civile. Nous voulions préciser la responsabilité et le rôle des ONG intermédiaires (niveau "méso", c.à.d. entre le "micro" et le "macro") telles que, par exemple, le Réseau Sud-Nord Cultures et Développement. Il s'agissait d'appréhender plus clairement les relations possibles entre

- les exclus et marginalisés,

- les citoyens organisés et conscients de la société civile, et

- les décideurs du monde politique, économique et de celui des grands media. Voici la note de présentation de ce séminaire.

Nous constatons la fin des "grands récits". On peut se féliciter de la disparition du monde bipolaire issu de la Guerre Froide et des simplismes conceptuels et politiques auxquels il donnait lieu. Cependant, nous n'en avons pas encore fini avec les simplismes ... Aujourd'hui, le néo-libéralisme triomphant tente d'imposer partout sa logique économique étroite. La "marchandisation" qu'elle entraîne est destructrice et aliénante. Le néo-libéralisme est d'autant plus puissant qu'il se présente non pas comme une idéologie et un choix politique mais comme la conséquence naturelle de soi-disant lois de l'économie. A cet économisme réducteur s'ajoutent des pratiques bureaucratiques envahissantes qui mènent à un déficit démocratique généralisé et à la perte de la crédibilité des politiciens et à un usage de la techno-science qui pose des questions éthiques fondamentales.

Le monde est menacé de toutes parts : dualisation croissante dans les sociétés industrielles avec son cortège de chômage et de maux sociaux; misère criante dans certains pays du Sud; inégalités croissantes entre les peuples; atteintes à l'équilibre écologique, déracinement culturel et spirituel avec ses conséquences tragiques qui ont nom apathie et anomie ou au contraire fanatismes identitaires violents.

Plus que jamais, il faut faire entendre la voix du citoyen et, en particulier, celle des sans-voix, des exclus de la méga-machine. A l'époque des idéologies sûres d'elles-mêmes, on menait un combat politique clair. On savait quel avenir on voulait et les étapes pour y accéder. Aujourd'hui, la prise de conscience de la complexité sociale requiert des approches multiples. Il faut agir mais dans l'acceptation de l'incertitude. L'action à mener va... de la confrontation frontale au dialogue ouvert. Le temps des grèves ouvrières, des luttes paysannes, du combat pour le respect des droits humains (ceux de l'homme et de la femme) n'est pas révolu. Mais à ces pratiques déjà anciennes de la société civile s'ajoutent celles de la pression politique des associations (le "lobbying"), l'effort sou-enu de persuasion des pouvoirs publics ou commerciaux en faveur de telle ou telle cause ("advocacy"), la mobilisation (combative ou ludique) de divers secteurs de la société en faveur d'un objectif, d'une cause voire d'une personne. Aujourd'hui, apparaît aussi la médiation assurée par les ONG entre divers acteurs de la société civile afin qu'ensemble on réfléchisse et on réalise quelqu'objectif ponctuel. Celui-ci peut être capital comme l'illustre la campagne de médiation réalisée à Rio de Janeiro pour mobiliser toute la société contre la violence urbaine et la faim. (A ce sujet, le lecteur se reportera à l'article de Siddharta dans ce numéro, intitulé : "Asia Reflections on Civil Society in Brazil"). En ces temps de défis extrêmes et d'incertitudes parfois aussi grandes, il y a place simultanément pour toutes ces formes, des plus anciennes aux plus neuves.

Le Réseau Sud-Nord Cultures et Développement cherche à approfondir la connaissance du processus d'interaction entre macro-décideurs et société civile et à préciser la responsabilité et le rôle des ONG intermédiaires (niveau "méso", c.à.d. entre le "micro" et le "macro") telles que, par exemple, le Réseau Sud-Nord Cultures et Développement. Il s'agissait d'appréhender plus clairement les relations possibles entre :

- les exclus et marginalisés,

- les citoyens organisés et conscients de la société civile, et

- les décideurs du monde politique, économique et de celui des grands media.

Il s'agit au cours de ce séminaire d'examiner les relations et interactions entre les niveaux micro, méso et macro. Ces interactions sont d'une importance capitale pour tenter de remédier aux maux sociaux et écologiques qui sont les nôtres. Il y a trop d'ignorance mutuelle entre, d'une part, les grands décideurs (tels que FMI, BIRD, C.E., gouvernements, agences de presse, multinationales, banques, ... ) et, d'autre part, les chômeurs, les habitants des bidonvilles et favelas, les innombrables sans-voix "naufragés du développement". Les ONG disposent d'informations, de facultés d'analyse et de moyens de communication et de pression qui leur font un devoir d'agir comme intermédiaires entre le "micro" et le "macro".

Cet effort, qui devra être poursuivi, vise à pourvoir le Réseau Cultures, les ONG en général ainsi que d'autres acteurs dans la société civile de moyens pour se "professionnaliser" dans l'art de l'interaction micro-méso-macro.

Cet effort s'accomplit dans la perspective qui est celle du Réseau Sud-Nord Cultures et Développement: aider à comprendre et à respecter la culture des gens "à la base" et à appuyer tout ce qui va dans le sens de la revitalisalion et de la dynamisation de leur vie en société. Il s'agit, pour l'exprimer dans les termes de la sociologie tourainienne de contribuer au "retour de l'acteur".

Les contradicteurs de l'approche culturelle des problèmes sociaux estiment que cette approche ne rend pas suffisamment compte des mouvements sociaux majeurs qui animent les populations analysées. L'approche culturelle ne serait pas incarnée dans des forces sociales influentes, ni convertie en stratégies vraiment organisées. Le présent programme du Réseau Cultures vise à démentir cette accusation.

Certes les exclus ne se mobilisent pas toujours au nom de leur "culture", loin de là : elle n'est pas toujours l'objet d'une revendication explicite et centrale. Mais toute pratique, tout mouvement ainsi que la vie quotidienne des démunis s'enracine dans une culture. Notre effort vise à rendre explicite les aspirations, intérêts et motivations qui sous-tendent les pratiques des gens. Ces pratiques renferment des valeurs et des modes de vie potentiellement riches en alternatives. Elles renferment du sens. Ce sens généralement implicite doit être manifesté car c'est lui "la voix des sans voix". Les pratiques de la base sont des contre-pouvoirs potentiels. Comprendre ces pratiques et en divulguer le sens démystifie les généralités proférées par ceux qui ont le monopole de la parole et du savoir dit scientifique. La pratique des gens à la base pointe vers d'autres façons de vivre la lutte sociale, le politique, la vie en société. La culture, c'est la dynamique profonde des peuples. Si on veut les prendre au sérieux, il faut tenter de la comprendre, puis de l'expliciter au grand jour. Au discours hégémonique des puissants doivent d'urgence répondre les discours rendus audibles des marginaux. C'est le prix à payer si on veut la démocratie et la découverte d'alternatives réalistes.

L'effort recherché ne vise pas uniquement à mettre en valeur les valeurs et aspirations des plus démunis. Il vise aussi bien à rendre plus explicites les valeurs et intérêts souvent inconnus ou implicites des grands décideurs. Il y a lieu de faire apparaître le sens qui soustend les pratiques qu'il s'agisse du niveau macro ou micro.

Dans un monde en crise culturelle, ce regard au-delà des apparences visibles, qui sonde l'invisible, l'immatériel, le qualitatif est une tâche importante. Les grands secteurs de la société, l'Etat, le Marché et la Société Civile ont grand besoin de cette interrogation sur les fins, faute de quoi les moyens mis en oeuvre nous conduiront tous vers de dangereuses dérives.

LE PROGRAMME DU SEMINAIRE SE PRESENTAIT COMME SUIT :

La confrontation violente

L'insurrection zapatiste contre le gouvernement mexicain, par Luis Lopezllera Mendes de Mexico-City (Promocion del Desarollo Popular).

La confrontation non-violente

L'action des tribus de H.D. Kote en Inde par Siddharta, Bangalore (Fedina), Inde.

Le lobbying politique

L'action de la société civile au Zaïre face à une situation chaotique par Badika Lukau Nsumbu, Mbanza- Ngungu, Zaïre (APRODEC)

L'action des ONG envers la Banque Mondiale, par Koenraad Verhagen, secrétaire-général de la CIDSE et membre du Comité de Liaison ONG-Banque Mondiale. (NDLR : voir extraits de l'article de Koenraad Verhagen et de Pierre Galand (en anglais) ci-joint). L'action de Christian Aid envers le Gouvernement britannique et certaines banques au cours de quelques campagnes spécifiques par Wendy Tyndale de Christian Aid, une ONG anglaise.

La médiation

La mobilisation de la société civile contre la faim et la violence à Rio par Rubem Fernandes, Rio de Janeiro (ISER) présentée par Siddharta qui revenait d'un voyage d'étude sur ce sujet à Rio.

La recherche d'un vademecum pour l'action à venir par Edith Sizoo, Réseau Sud-Nord Cultures et Développement.

Nos lecteurs trouveront ci-dessous les notes prises au vol durant l'exposé par Luis Lopezllera de la situation au Mexique. Le texte (en anglais), préparé par Siddharta suite à son séjour prolongé auprès de la Base Régionale de Rio de Janeiro du Réseau Cultures, se trouve sous la rubrique "Articles" au début de ce numéro.

Enfin, on trouvera l'interview de notre ami Pierre Galand, secrétaire général d'OXFAM-Belgique anciennement (jusqu'à ce qu'il le quitte en signe de protestation) membre du Comité de Liaison des ONG auprès de la Banque Mondiale (cet interview est parue notamment dans le journal belge, "Le Soir", que nous remercions.

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