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INTRODUCTION : L’ACTEUR METIS
Le thème "Gestion d'entreprise" évoque spontanément les notions de compétitivité, de marché, de profit, de calcul rationnel et d'organisation efficace que l'on associe généralement aux sciences économiques et à la discipline du management. Cependant, en Afrique, une telle association est trompeuse, et même d'autant plus qu'elle paraît évidente.

L'économie est "enchâssée"

En effet, dans la mentalité africaine, l'économique n'est pas séparé du reste de la vie, notamment : les valeurs sociales et religieuses, les liens sociaux. De même, l'entreprise et sa gestion n'échappent pas à la culture ambiante.

L'économie et la gestion d'entreprise sont profondément enchâssés, incrustés - selon les termes de Karl Polanyi repris par Latouche et Zaoual dans les valeurs éthico-religieuses, la vie sociale et les coutumes, en un mot la culture locale. C'est pourquoi on peut affirmer que "ne pas mélanger les sentiments et les affaires" n'est pas un proverbe africain (P. Muamba). Au contraire, il n'existe guère, dans les cultures africaines, de distinction entre l'organisation de la production et l'organisation sociale, familiale, lignagère, religieuse...

Contrairement à l'Occident, érigé à partir du XVIIIème siècle, économie en sphère autonome, auto-préférentielle, l'Afrique n'aborde ni l'argent ni le profit ni le marché ni le management de manière strictement mécanique, en fonction du calcul objectif et de la rationalité prétendument universelle de l'homo economicus. Tout y demeure enchevêtré, l'économique et le social, l'envie d'enrichissement et le réflexe communautaire.

"Il faut dénoncer le leurre économique pour cerner l'omniprésence du social" (S. Latouche). En effet, l'économisme ambiant nie l'altérité en évacuant le sujet social des pays du Sud quand il diffère du sujet occidental moderne. Ce sujet différent n'est pas perçu comme producteur de sens. Pourtant, on peut être "raisonnable sans être rationnel". En Afrique, les buts économiques individuels sont enchevêtrés au sein d'autres motivations, et en particulier celle du groupe. Rationnelle pour les économistes néo-classiques, l'économie est relationnelle pour les Africains (H. Zaoual). Le facteur économique n'y existe donc pas comme élément objectif : il est une réalité subjective. Il y a autant de types de rationalités - et donc d'économies et d'entreprises - qu'il existe d'acteurs et d'objectifs. Penser les économies non-occidentales sans tenir compte de l'acteur, c'est se condamner à l'échec par usage d'une vision sous-socialisée de l'individu (Larraechea, Nyssens). L'économie et le management participent d'un phénomène social total pour parler comme Marcel Mauss. Toute économie, toute organisation reposent sur un site symbolique (H. Zaoual) dont elles tirent sens et dynamisme.

L'entreprise ne se réduit donc pas à un système technique. Elle est aussi une communauté qui s'organise autour d'un sens et dont on ne peut ignorer les acteurs (id.). C'est ce qui justifie la recherche en cours sur les cultures africaines.

(…)

haut de page © 2000, South-North Network Cultures and Development